Lettres incohérentes
Un texte de Wikipen.
Ces lettres que je trace, moi inconsciente, défragmentée, dans la lente apparence des jours du solstice, ne sont pas dans ma propriété. Je les ai volées au chanoine, c'est bien fait pour lui, il n'avait qu'à ne pas laisser sa sacoche sans surveillance. J'ai ouvert l'ordinateur, saisi un entonnoir et tout versé à l'intérieur, on fera le tri après. C'était un jour de grande pénurie, le vent soufflait en rafales et sur le boulevard, les renards guettaient le moment propice pour se jeter sur les antilopes descendues de leurs forêts lointaines. J'ai répondu à l'appel, j'ai entassé mes manuscrits dans ma valise à roulettes et je suis partie. Il pleuvait, mais qu'importe ?
- Qu’importe tes lettres volées derrière l’autel millénaire des odes poussées à l’extrême. Aujourd’hui est un autre jour essentiel et léger occasionnant d’irréversibles moments de bien-être aux bien-pensants dont je suis le menu crottin. Ma honte s’efface devant tes paroles touchées par une grâce éphémère et dispendieuse. Ego In, tes méthodes archaïques propagent de nouveaux phénomènes aléatoires où les loups, aux aguets, ne sont jamais loin. Braves bêtes à la tête légère qui répondent avec vélocité aux imperturbables subterfuges des épines argentées. Nous sommes liés au loin, toi Ego In et moi Ego Out, et rien ne nous rapprochera. Oublie ces mots envahissants qui te seraient destinés si la pluie ne t’emportait pas vers un ailleurs virtuel.
Le tapis roulant les a emportés. Un coup de vent aurait suffi, et déjà on voyait derrière les palmiers se profiler la silhouette des autruches ébouriffées. J'ai passé la main dans tes cheveux, La rose étaient-ils mouillés ? D'où venais-tu donc ? Les haut-parleurs ont craché des instructions et nous nous sommes dirigés vers la zone d'embarquement. L'avion argenté comme un gros stylo nous attendait sur la piste.

