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Logue

Un texte de Wikipen.




PROLOGUE



Logue est un projet collectif. Le mode de production est assez simple : il s'agit d'une forme textuelle dont la rédaction est autogérée par tous les contributeurs qui souhaitent participer. Selon les désirs, il est possible de contruire un roman, tout comme une pièce de théâtre, un enchevêtrement de poèmes, et cetera. Le sujet et la forme sont libres, ils peuvent même changer ou disparaître en cours de route. Absurde, figuratif, abstrait, naturalisme, distanciation, surréalisme, expérimentation, laboratoire, calligraphies, calligrammes, ajouts d'illustrations, collages et hétérogénéité, tout est possible. Tant que tout le monde peut y participer, c'est le principal.

À priori, il est possible de tout faire directement d'un bloc, mais bien sûr on peut aussi discuter pour construire des idées ou bien des trames à une histoire ; échanger des idées pour choisir de découper le texte en chapitres, actes, scènes, livres, parler de la typographie, du style, de la grammaire, de la traduction, de systèmes rédactionnels, d'expérimentations...

L'idée est ici d'écrire un texte assez long en commun, au lieu de chacun faire son texte dans son coin. Mais la forme doit rester assez souple pour pouvoir accueillir les envies de toutes celles et tous ceux qui souhaitent participer. En somme, vraiment faire une expérimentation du système wiki dans la littérature plutôt qu'un recueil de textes.



LOGUE



Elle termina l'exorde et tourna la page qu'elle était en train de lire.
Des volutes de fumée révélées par une soudaine lueur blafarde l'intriguèrent.
Se leva sa main pour déposer le marque-page au milieu de son manuscrit,
se tendirent ses doigts pour d'un geste refermer le livre
et se déploya son bras droit pour d'un mouvement le poser.
Ses yeux ne pouvaient s'arrêter de fixer la fumée qui s'étalait au sol.

Choc soudain balayant les friches de mots encore présents à l'esprit,
cette fumée était-elle le fruit de son imagination ou bien ...

Assis au pied d'un pachypodium Ernest scrute l'horizon. Il écrase nonchalamment sa cigarette ; en même temps le soleil disparaît, comme englouti par l'océan.
Le ciel rougeoyant lui renvoie l'image d'un dantesque chaudron flamboyant — une éruption céleste comme si l'astre de vie venait d'exploser.
Il se rappelle aussi toutes ces photos qu'il a prises, des couchers de soleils aux quatre coins du monde. Il se souvient, pense à ces instants passés. Toujours, ces pages précédentes non tournées, qui lui hantent l'esprit.

C'est toute la planète qui respirait, bouleversée. Lui restaient le soleil, le tabac et les livres. Tous les destins allaient changer, bien sûr. Surtout, surtout, tout un chacun serait plus occupé à vivre qu'à commenter, analyser, décortiquer, critiquer, amalgamer, juger, médire, dévaliser, saccager, broyer, anéantir la vie des autres. Le quatrième pouvoir en était réduit au papier, sans images autres que dessinées… Jusqu'à ce que les hommes décident d'y revenir.

La télé est là, toujours allumée. Des sons en sortaient mais elle ne s'y intéressait pas.
C'est un de ces week-ends de con, rongés par le vide d'une pièce remplie de souvenirs. Qu'elle ne pouvait oublier.
Alors elle se concentrait sur la fumée pour remplir son esprit de cette substance toxique.

Ernest serait sûrement contaminé. Elle décida donc d'approcher sa fumée... et fit la sourde oreille aux mots qui se pressaient en sa tête: "Les passagers clandestins de la planète Terre sont priés de descendre avant le prochain arrêt. Merci de votre compréhension." Pourquoi cette scène de film de SF l'entêtait tant ? Depuis que la télé avait cessé d'émettre normalement, son cerveau ressassait sans fin, bizarrement, les dernières ondes télévisuelles qu'on lui avait livrées en pature. Avec les pages centrales du journal elle forma une boule aérée. Elle appuya avec délicatesse le bout incandescent de sa cigarette dans un trou aménagé à cet effet, et ce furent de belles flammes ! Pourquoi en rester là ? Elle fit de même avec chacune des doubles pages. La table bleue devint rougeoyante, puis cendrée. Elle souffla dessus pour en faire sortir de minuscules étoiles éphémères, et retrouva son quotidien.

Valentine était tirée d'affaire mais le vaisseau spatial continuait sa route, impavide, parmi les déchets intergalactiques ordinaires et extraordinaires. Debout sous la véranda, la jeune femme le regardait s'éloigner avec des sentiments mêlés de soulagement et de regret. Ah oui, elle s'en était sortie, mais Ernest, qu'allait-il advenir de lui maintenant ? Est-ce qu'un épisode suivant allait nous permettre de l'apprendre, ou bien son sort appartenait-il désormais au vaste domaine de l'inconnu ?

Eh bien tout cela dépend de notre bon vouloir, nous les narrateurs, les auteurs de ce texte. Le devenir d'Ernest comme une énigme jamais résolue ou sa réapparition prochainement dans un épisode surprenant? Ou les deux alternatives au choix. Le développement de deux univers virtuels parallèles. Un avec et un sans Ernest. Valentine, le personnage, n'a pas le choix. Son sort à elle aussi appartient au vaste domaine de l'inconnu.

Ernest se leva et plongea dans l'océan. C'est l'heure idéale pour dénicher les lambis (Harpago) chiragra chiragra. Respirer, retenir son souffle le plus longtemps possible. Gratter le fond sans se couper sur les coraux tranchants comme des lames de rasoirs. Prendre garde à ne pas se faire happer par le courant. Les années d'expériences ne sont pas suffisantes, la vigilance et la prudence sont nécessaires pour qui veut rejoindre la rive. Ernest sort de l'eau les mains chargées de plusieurs spécimens de toutes tailles. Les mâles sont facilement reconnaissable à leur petite taille et à leur couleur tendant vers l'ocre rouge des hauts plateaux. Le jeune homme dépose un à un les lambis autour d'un petit orifice creusé dans la terre. Demain ils seront vides, récurés jusqu'au dernier atome de chair. Les fourmis carnassières travaillent avec bien plus d'efficacité que n'importe quel outil moderne.



DECALOGUE

Ecrivez comme cela vient.
Ecrivez tous les jours.

Ecrivez n'importe quoi.

Ecrivez en étant très attentifs à chaque mot.

Ecrivez dans tous les sens.

Ecrivez dans tout l'essence.

Ecrivez en ne pensant à rien d'autre.

Ecrivez en pensant à tout le reste.

Ecrivez pour vous, c'est aussi pour les autres.

Ecrivez, il en restera toujours quelque chose.




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