MERCÉDÈS
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Sommaire |
ACTE PREMIER
1
Chanson de la mère de Mirando en l’honneur de son fils qui, bien que seul, ne s’emballe pas après la première fille venue comme ses camarades.
Il veut une nouvelle compagne digne de la pureté de sa mère qu’il aimerait croire sainte, et qui, elle, est sûre de ne pas l’être, elle a juste le cœur en abondance, le cœur sur la main, le cœur à offrir à ceux qui ont besoin d’aide, besoin d’elle, besoin d’ailes.
Il trouvera son âme soeur, son corps frère
Il trouvera chaussure à son pied, cœur à son cœur, océan à son globe, bonheur à sa hauteur
Il trouvera une étoile pour éblouir ses yeux
Il trouvera une preuve que l’amour existe encore
Il trouvera une fleur qui parfumera son chemin depuis l’aube, et encore à l’aurore
Il trouvera repos à son âme qui tend vers le bien malgré son métier dit de vaut-rien, de peintre, d’artiste
2
Chanson de Mercédès à ses parents, mais surtout à sa mère
pour expliquer une dernière fois son départ
vers les chateaux de la Loire
où elle veut oublier ses mésaventures
où elle veut vivre loin d’eux pour mieux les retrouver
où elle doit travailler comme femme de chambre
où elle doit connaître, enfin l’espère-t-elle, l’amour inoubliable, l’amour irremplaçable, l’amour de sa vie, l’amour passion
Je dois quitter votre entourage et tous vos ouvrages qui me sont destinés,
Vos bienfaits, vos gestes de cœur,
Vos preuves d’amour, votre incommensurable bonté d’âme
Père, je vous aime
Vous et vos silences qui disent tant, qui disent tout
Vous et vos sourires malicieux et vos rêves bleus
Vous et vos preuves d’amour, votre incommensurable bonté d’âme
Cette fois il le faut, je dois partir
Partir sans vous
Partir sans vous trahir
Partir sans, en vous, souffrir
Partir pour me souvenir
3
Chanson de la mère de Mercédès qui voudrait chanter son bonheur de voir sa fille grandir la voir mûrir, s’affermir, s’affirmer
devenir une femme, devenir elle-même
devenir une parmi les belles dames
Écris nous, toi qui vivra, verra
Écris-nous, ta maman est là pour toi pour toujours
Il n’y aura pas un jour
Sans que ton père et moi pensions à toi
À ton sourire légendaire, à ta démarche princière, à tes périples incertains
Tiens, prends ce foie gras, ces compotes, et ce pain
Prends soin de toi comme nous prendrions soin de toi
Nous vivons en toi,
Nous vivions pour toi
Ne nous abandonne pas, ne nous oublie pas
Sois fière, sois toi, même si le cœur n’y est pas
Va là-bas, emmène-nous, envole-toi vers ton destin étoilé
4
Mercédès et Mirando se rencontrent et chantent leur joie, leur chance de s’être rencontrés,
de visiter les différents châteaux,
de profiter des nuits sans lunes,
du beau temps pour la saison,
de se promener les pieds nus sur l’herbe où paissent les vaches allongées et curieuses
ils chantent leur fierté, leur mérite de s’être trouvés,
de voir autour d’eux, tant de belles dames, de damoiseaux,
de plaisantins, de jets d’eau,
de fêtes, de tableaux,
de jeux coquins,
d’arbres en fleur et de fourmis en rang,
tant de charmants et d’espiègles gamines,
de cadeaux quotidiens, de présents ductiles
avant, avant…
avant, avant…
avant, avant…
avant que d’être malgré nous, malgré tout,
avant que d’être malgré nous, malgré tout,
avant que de ne plus être deux
avant que de ne plus être ensemble
5
Une amie de Mercédès doit apprendre à Mirando que celle-ci doit partir
— Cette fois, ça y est!
Elle doit y aller!
Partir d’ici!
— Mais pourquoi ? Mais pour qui ?
— Pour une meilleure vie
Pour une meilleure place
Une place chaude
Proche du soleil de Gascogne
Pour un meilleur salaire
Pour s’éviter des heures de labeur
Pour être plus fraîche !
— Plus fraîche pourquoi ? Plus fraîche pour qui ?
Pour vous Mirando
Pour vous revoir en meilleure forme
En meilleure santé
Regardez-la mieux, elle s'assombrit ici
Vous ne la voyez qu’à travers vos prismes en accord parfait
Regardez-la mieux, elle s’assombrit ici
Malgré vous, malgré moi
Plus fraîche pour vous voir venir
Plus fraîche pour vous accueillir
Plus fraîche pour vous admirer, vous enlacer, vous embrasser, et vous aimer!
Plus fraîche pour vous admirer, vous enlacer, vous embrasser et vous aimer!
6
Les lettres de Mercédès et de Mirando se répondent, se superposent, se subliment
en pleurs, de rire, de joie,
les sentiments sont amplifiés, malmenés, vénérés
les sensations restes intactes, enivrantes, envoûtantes
malgré la distance, malgré le temps, malgré l’énergie mise en branle
les élans persistent et signent
trois lettres par jour n’y suffisent pas
il leur faut se voir, se revoir
se toucher, s’exprimer autrement que par des mots creux
des mots simples, des mots vieux,
il leur faut des mots pleins et déliés
se les sussurrer sans artifice
se les crier sans sacrifice
s’unir et se désunir, se frôler et recommencer
Lorsque tu liras cette lettre, Mercédès, je serai là
devant chez toi, à attendre que tu finisses par comprendre que…
… que je suis avec toi pour la vie
pour nos vies,
pour qu’elles grandissent
pour qu’elles s’épousent,
pour qu’elles puissent enfin vibrer comme deux voix qui se répondent et se fécondent
7
Lettre de Mercédès et de Mirando à leurs parents
pour annoncer la venue proche de l’enfant
il est ce que nous avons fait de mieux
ce petit enfant chéri,
ce petit enfant charmant
ce futur bébé,
ce futur marchant vers vous
il nous sourira comme Mercédès sourit à la vie
8
Chanson de la mère de Mirando à Mercédès
pour tenter de la consoler du désaveu grossier de ses parents
Tu verras, on passe tous par là
Tu verras, on plie tous sous le poids
Tu verras, on prend tous froid
dans les grands courants qui n’en finissent pas
qui soufflent, qui s’amplifient et nous gèlent
Sois toi-même! Sois toi-même, Mercédès !
Sois toi-même! Sois toi-même, même si…
… même si la douleur est là,
même si c’est pire qu’à l’accouchement
même si c’est sans anesthésie
Sois toi-même! Sois toi- même, Mercédès !
Sans trahir, sans mentir, sans mugir, sans sur-souffrir !
Tu verras, moi j’y crois pour toi, pour vous trois !
Tu verras, tu y arriveras !
Tu y arriveras !
Ils t’aiment, ça tu le comprends
Ils sont perdus, ça tu le sais
Ils t’ont châtiée, ça tu l’endures
Ils t’ont toujours aimée, ça tu le ressentiras !
Tu verras, moi j’y crois pour toi
Tu verras, moi j’y crois pour vous
Tu verras, moi j’y crois pour toi
Tu verras, moi j’y crois pour vous
Tu verras, moi j’y crois pour moi
Tu verras, moi j’y crois pour tous
Tu verras, moi j’y crois pour toi !
Tu verras, moi j’y crois !
ACTE DEUX
9
Mercédès et Mirando, pendant la nuit de noce, revoient la fête
— Journée inoubliable ! Journée mémorable !
— Journée mémorable ! Éxécrable! Qui fait mal !
— Journée de fête !
— Journée de trouble-fête !
— Journée ensoleillée, étincelante, accueillante !
— Journée endimanchée comme un manche à balai
— Journée de saintes colombes, de cris d’enfants, de pétards
— Quelques figures de catacombes placées par-ci par-là, tirant la grimace
— Journée de rires, de larmes, d’émotion
— Journées des sans-voix, des sans-rien, des sans joie !
— Journées de musiques, envoûtantes, enivrantes, vibrantes, électriques
— Comme des chaises… Vides
— Journée de confettis, de ballons, de masques
— et de constipés, des riens, des épouvantails
— J’aimerais me faire respecter en sachant ne pas devenir méchante
10
Lettre du garçon de Mercédès et de Mirando
qui a grandi
qui s’amuse
qui aime ses parents
qui connaît peu ses grands-parents maternels
et veut les voir pour toujours à l’occasion de l’anniversaire de sa mère Mercédès
11
chanson du père de Mercédès
qui, la lettre de son petit-fils dans les mains, pleure,
et s’adresse à sa femme, mère de Mercédès
assez de temps perdu, on ne le retrouvera jamais,
il me faut voyager
mon temps est venu, il est là, je le sens, je le sais
il s’affirme enfin
12
Mercédès chante sa joie de voir toute sa famille réunie
à la pendaison de sa crémaillère,
comme une dernière chance, un dernier espoir
les seuls absents sont ses parents qui ne comptent plus
qui sont loin de tout
loin de ceux qu’ils aiment
loin d’eux-mêmes
Mercédès les oublie et savoure la fête qui bat son plein
les invités sont heureux et fiers d’animer cette soirée
Mercédès a fait le deuil de ses parents
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles
13
Chanson de Mercédès,
qui tressaille lorsqu’elle voit entrer son père, et sa mère derrière lui
Le père ôte son gant droit, et caresse d’un doigt la pommette de sa fille
qui pleure
J’entends sa voix me dire: Ta mère est là !
Il va la chercher
Après une éternité,
elle arrive en pleurant,
elle est là, face à Mercédès
les larmes dans les larmes,
La mère de Mercédès prend la parole et chante
elle lui dit tout son amour pour elle
la difficulté de s’exprimer
la difficulté de voir ses enfants grandir et partir un à un
Enfin j’y vois clair !
Je veux que nos bonheurs ne forment qu’un !
Reçois en cadeau, ma joie
Que ton fils reçoive en cadeau cette petite phrase :
Tu ne me connais pas, mais je te connais,
alors continue de respecter ta mère,
même lorsqu’elle souffrira de te voir vivre ta propre vie
même lorsqu’elle souffrira de te voir fonder ta propre famille
La chanson devient un duo,
Mercédès et sa mère chantent ensemble leurs retrouvailles
La chanson
le dernier couplet est chanté par tout le monde !

