MOT
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Comme je te l’avais mentionné, de nouvelles directions suscitaient en moi de prendre le large. D’abord partir. Pour tenter de déplacer mes incohérences ou en connaître d’autres. Sans savoir mon absence, de demeurer en contact avec toi et ce malgré cette distanciation, me permet de garder bien présente en moi la proximité. Alors, j’ai eu à faire un choix, et celui-ci faisait en sorte d’aller vers l’inconnu. Je devais bousculer mon esprit intérieur avant de le réaménager. D’anciennes douceurs me manquaient, tes paroles me manquaient, ton piment de folie aussi. Je célébrais les gloires du passé et "cérébralisais" le moindre de mes affects. Il fut un temps où plus je m’éloignais, plus j’étais mal. M’éloigner de quoi ? De moi ? De ta terrible attraction ? En clair, plus j’essayais de comprendre, plus je me divisais. C’est lors d’un accident de la route qu’un geste me venait sans réfléchir et me propulsait dans mes agissements. J’estime nécessaire de t’en faire part. À cette période j’avais consenti à prendre du recul dans un lieu se prêtant au silence que l’on dit, une retraite. Au moment de mon retour au quotidien, cette compagne dont tu m’avais présentée, bien des années auparavant, venait me chercher. En chemin, un accident se produisit et la partie la plus touchée était l’endroit où je prenais place dans la voiture. À l’arrière, son plus jeune avait vu arriver le coup, le pétrifiant sur place dès sa sortie. Aussi étrange que cela puisse paraître, j’étais d’un calme que ne me connaissait à aucun temps. Malgré l’état de la carrosserie, j’en sortais indemne et en complète harmonie. Son jeune garçon toujours dans cet état attira mon attention et m’approchant en douceur, je m’accroupis devant lui pour le prendre dans mes bras et ce, sans aucun mot. Mon souvenir de cet incident faisait en sorte de vivre en symbiose avec tout mon être. Le cœur avait préséance à la direction contrairement à mon mental qui se voulait en procédures et justifications. Le guide, j’en conviens, était à mes côtés et à cette expérience, prêt je l’étais pour me laisser diriger ouvrant la voie à l’ensemble opposant la désunion. Tu aurais voulu me suivre sans savoir où j’allais. Je t’en suis reconnaissant. J’ai préféré me délester de toute attache physique. J’avais besoin de me recentrer. Vivre avec moi-même pour mieux me connaître. Pour enfin me connaître. Ensuite j’ai pu vivre avec des gens simples qui ne pouvaient comprendre que mon arrivée précipitée et mon isolement allaient aboutir à la mise en avant d’une ouverture d’esprit qu’ils n’avaient jamais connue. Intrigués, ils m’ont accepté. Un vrai bonheur. Nombreux furent les bons moments que j’ai passés en leur compagnie. Et cette expérience, j’ai voulu la partager avec un témoin d’avant qui vit aussi le maintenant, afin que je saisisse mieux le chemin que j’avais parcouru. Et ce fut toi. Choix d’évidence. Et tu m’as étonné par ton propre parcours. En quelques phrases tu sais résumer l’essentiel de ta vie sensitive. Je t'en félicite. Tu dis toi-même que certaines épreuves difficiles ont nourri ton apaisement actuel. Tu as su garder le dessus, ce qui m’étonne de toi. Tu es si spécial. Petit pas après petit pas, je croyais que ta douce excentricité t’emmènerait sans retour dans une folie perpétuelle. En pensant à toi dans mes moments de tranquillités, je me demandais comment faire ce pas et vint l’occasion. Bien engagé dans ma nouvelle communauté, on me faisait une proposition un peu farfelue pour certaines personnes qui pour moi, m’invitait à y parcourir ce brin de folie en moi, folie que j’avais mise de côté par le simple fait d’une perception de l’autre à ses yeux. Je crois que c’est la joie qui fut le déclencheur de ma réponse de dire oui à cette particularité enfouie en moi - oser le ridicule. On me donnait le rôle d’animation d'un personnage que l’on voit souvent lors d’un carnaval. Dans ce costume, seul le geste avait une importance et les paroles ressembleraient à ces gens dont les mots avaient été remplacés par le silence. Mascotte recouvrant mon allure, mon visage, mon expression, me faisant vivre la spontanéité dans le mouvement, et le ridicule était qu’il me fallait porter un costume pour me laisser aller. À la suite de quoi je reprenais ma propre image... et quel bonheur d’en vivre le vrai de moi-même habillant mon propre costume ! Comment voyages-tu dans des dédales aussi incertains avec cette sérénité ? Je me suis posé cette question et aussi étrange que cela puisse paraître, j’avais ma propre réponse et ce, lors d’un voyage où dès ma sortie de l’avion, la pensée me venait d'aller au bord de la mer. Pourtant il aurait été plus sage d’aller dormir, car j’arrivais à cet endroit aux petites heures du matin. C’était plus fort que moi, il fallait que je m’y rende d’où à ma grande surprise, j’allais donner le coup d’envoi à y vivre le bonheur d’un présent prolongé. Une affirmation me venait me poussant à le dire à haute voix : «Qu’importent les événements, je les accepterai et ce, sans aucune résistance de ma part.» Je crois que ce fut l’un des plus beaux voyages de ma vie vivant ce début à l’orée d’un monde donnant accès aux merveilleux instants d’énormes bénéfices coulant avec elle. De mon côté, l’extravagance ne rime pas avec assurance. Il me faut du calme, du temps libre, des espaces éloignés, des stimulii parcimonieux. Oui, c’est vrai que j’ai cette tendance à mettre la barre haute, mais ai-je vraiment à m’imposer ce genre d’exigences ? À ce commentaire dont tu me faisais part à ton anniversaire, concernant ce bonheur d’en connaître la joie dans le cours du quotidien, je m’y suis appliqué de temps à autre. À son autre où d’en déterrer la blessure me rendant plus estropié qu’avant cette pensée, passer au présent d’en vivre son opposé, me permettait de rire à l’agrément. Je ne sais pas pour toi, mais je me rendais compte que je prenais trop au sérieux et de rire de mes excès me faisait voir la vie bien autrement. Plus de donneur de leçons. Être à l’écoute. Comme tu le pratiques depuis notre première rencontre. Maintenant, je suis enfin capable de discerner ta patience à mon égard. Hallucinant est peu dire car tes propos sont carrément cette réalité que j'ai enfin su faire mienne. Lorsque tu liras la suite, je mentionne que les événements se présentent et c'est exactement la situation. C'est mon présent et je dis merci à la vie. C'est surprenant ce que cette affirmation à la reconnaissance de moments de la vie peut ouvrir à notre quotidien. Jamais je n'aurais pu penser, ce grand bonheur d'échanges à une lettre postiche qui ouvre le passage d'une réalité. Tu vois, je reprends tes mots et les fais miens, ou plutôt autres. Hier, alors que je te répondais assis à la table en bois où je venais de pique-niquer sous un soleil entouré de neige, les feuilles qui t’étaient destinées ont été emportées par le vent. Aussi aujourd’hui, je préfère t’écrire tout autre chose de par mon impossibilité à prendre ce chemin une seconde fois. Cela est étrange. Parce que lors de mes ballades, j’adore passer aux mêmes endroits, découvrant chaque fois de nouveaux recoins, de nouveaux angles de vue, de nouvelles lumières, de nouvelles originalités de la nature. Il suffit de savoir apprécier les détails, de ne pas confondre tel arbre avec son frère, telle pierre avec sa sœur. Comment puis-je demander plus d’envergure à la vie spirituelle alors que c’est moi qui me limite ? C’est après ce constat que j’ai repris ma plume et que je revisite nos correspondances. Je découvre des perspectives qui m’étaient invisibles. Je limais tes mots de la pensée avant de les lire. Derrière leur simplicité, ils ressortent neufs, parfois étincelants, toujours justes et précieux à l’âme attentive. Des mots dont on a envie de se déposséder, que l’on a envie de partager, d’offrir en retour, de divulguer au plus grand nombre. Ce qui suit, m’était envoyé dès mon retour à ce mot que je t’écrivais et ce, dans cette nature en repos et aussi présente. Voilà, depuis bientôt trois ans que je m’adonne à l’écriture ouvrant en moi des chemins hors des sentiers battus. Comme tu le sais, ce moyen d’expression a toujours été mon alternative à l’évacuation. En passant, aucun effort m’était demandé au contraire, la joie était irradiante. Me lançant dans l’aventure tout en laissant venir, le temps filait à grande vitesse sans pour autant m’empêcher. Tout m’était donné encourageant cette lancée. Combien de fois le message apposé à ce papier me sidérait au même titre qu’un passage dans le cours d’une journée, provoquant un arrêt apportant la réponse à une question que je m’étais posée. Bon je continue. Au printemps de 2007 j’entreprenais une suite à un manuscrit pour en écrire un deuxième tome que je terminais un mois plus tard. Comme j’avais commencé son troisième en même temps que ses autres déjà en cours, événement étonnant chevauchant d’un à l’autre, un événement faisait en sorte de perdre son contenu par un bris informatique et ce, dans le cours de l’automne. Tu peux facilement imaginer ma grande déception quand en un instant, tant de travail fut anéanti. Recherches en vain me déstabilisant tout en me demandant comment faire pour me rappeler chaque passage. Après un temps, je me résignai tout en acceptant la situation. Ne me demande pas pourquoi, mais quelque chose en moi me poussait de nouveau pour écrire ce deuxième. Flash me venait signifiant que lors de sa première, je ne savais rien de son contenu. Je m’y suis donc lancé à corps perdu pour le terminer dans un temps oubliant le temps horloge. À ma grande surprise, beaucoup de passages du manuscrit disparu me revenaient, me faisant me rendre compte que l’essentiel ne se perd jamais. Donc, je reviens à hier où de retour de l’extérieur, un message m’était envoyé d’une bonne amie m’indiquant qu’en faisant son ménage, elle avait retrouvé le deuxième tome, celui que je croyais volatilisé. Je lui avais signifié mes grandes recherches et comme de temps à autre, je lui faisais parvenir des bribes de textes, j’avais cette grande intuition que ce document lui avait été envoyé, mais ses propres recherches n’avaient pas été concluantes. Sans tarder, je suis allé le récupérer et me suis plongé dans son contenu pour réaliser que l’essence de sa direction suivait exactement sa propulsion à ces deux contenus. Pour beaucoup, cet épisode pourrait relever de la fiction mais en ce qui me concerne ceci appartient à ma réalité et à ce point, je ne te demande pas de me croire car toi-même, dans ta propre vie, bien des événements se sont reproduits croyant les avoir perdus. Une question demeure, sommes-nous à la barre de commandement ? Lorsque tu décris les aléas qui t’ont amené à me rencontrer, je pense d’abord que le hasard n’existe pas, puis je me dis que de nombreuses rencontres n’ont pas eu lieu et que certaines auraient pu être encore plus bénéfiques à l’un de nous. Puis je me plonge dans les expériences que tu relates et je me dis que je ne suis pas celui-là pour toi qui transcende le quotidien. Tes phrases décrivent des intensités rares. Le regard que tu portes à tes rencontres, ton art d’aboutir à des télescopages, et ta perspicacité à ressentir de prochaines sublimations, agissent sur moi comme les rênes d'un guide que tu ne veux pas être. Tu revisites notre passé, ou plutôt, tu as su produire et reproduire des phases de ma vie que je n’avais pas su déceler. C’est lors d’une rencontre à l’improviste où à la vue d’une connaissance qui, à ce que j’avais perçu d’elle dans un passé, me sidérait par sa nouvelle façon de se comporter. Pour te permettre une bonne compréhension face à ma surprise, son passé en avait été de doutes, de peurs lui sciant toutes progressions en avant, de gène maladive où qu’importe l’endroit, on avait l’impression que malaise était permanente. À cette réalité de cette rencontre, tout était à son inverse et à cette nouvelle attraction, j’allais à sa rencontre pour en savoir la raison. Que s’était-il passé pour un tel renversement et de son sourire dans ses yeux, il me répondait que certains événements lui avaient fait rencontrer un personnage, pour l’amener progressivement à rompre ce qui le retenait depuis bien des années insistant mon geste à faire, vers cet individu. Voulant en savoir davantage, il restait dans le secret m’affirmant que si j’avais été stimulé à lui tenir une telle conversation, j’étais rendu à cette étape de ma vie pour souscrire à cette aventure sans pour autant, savoir à l’avance. Nous nous quittions par la suite. M’ayant remit les coordonnées de l’inconnu, je m’étais fait une image de l’endroit qui à ma grande surprise, n’avait rien à voir avec ces gens de complets cravates. Il était chauffeur de taxi et son véhicule, devenait son bureau. Scolarisé de la vie, il m’avait indiqué que l’essentiel prenait tout son essence dans l’observation auprès des jeunes enfants et que si je pouvais me permettre à certains de leurs jeux qui pour d’autres, en étaient que banalités, certaines chaines me retenant, j’en verrais certaines indications à vivre son opposé. Étant à cette saison de grand soleil et chaleur, il me proposait une action pour y compter des brins d’herbes dans un parc et ce, en présence d’enfants. Une fois cette action conquise, de le recontacter pour la suite, n’avait pas exigé de temps car le défi se prêtait vis-à-vis moi-même uniquement. Il m’avait laissé non loin d’une étendue d’un vert entouré de jeunes gens et il reprenait la route sans pour autant attendre que je pose ce geste. J’étais entré bredouille n’ayant pas abdiqué à sa suggestion. Trois semaines plus tard, une amie m’appelait pour prendre charge de son plus jeune et les circonstances, je mettais de côté ma grandeur pour oser ma petitesse. Je me souviendrai toujours de la réaction de ce monde minuscule m’entourant et ce plaisir de jouer, ce côté oublié du haut de mes six pieds ayant parcouru 45 années. J’ai contacté ce novateur bien assit à son taxi. De nombreux exercices ont suivi ce chemin non pavé qui m’ont fait découvrir bien des décors stimulant l’aventurier en moi brisant de surcroît, la normalité pour y oser mes propres réalités. Ce qui étonne au gré de nos échanges, fait en sorte de vraiment prendre conscience que nous sommes tous issus de la même source et qu’à chacun, une direction a été donnée pour avantager l’autre, apporter une complémentarité sans pour autant se hisser en importance à la place de son metteur en scène invisible. Et pourtant, fut un temps où on me prêtait cette grande responsabilité qui m’amenait à saisir que j’avais passé dans leur vie et qu’une force me les avait confiés pour ce temps, pour comprendre aussi que le guide est au-delà de tout temps alors que l’humain chevauche deux temps - et à l’occasion le présent - comme ça l’est pour moi aussi. Parcourant les chemins, ce guide me faisait te rencontrer comme ces autres vivant leur propre vie. Peut-être suis-je à cette vie pour partager avec les autres que dans le fond, nous sommes tous pareils, sommes tous de la même source, et ce qui nous distingue n’a pas rapport à notre apparence mais bien à cette facette que l’on a semée en nous, ce talent apportant un plus à l’autre. Je crois que ce metteur en scène a semé en moi ce don à donner à l’autre pour aller découvrir son propre guide tout au fond de lui. Si je m’étonne comme c’est le cas, en t’écrivant ceci, les échanges entre toi et moi me permettaient d’entrer en contact auprès de cette source pour remercier cette conscience que ce que la vie nous amène, elle est à son ensemble de ce qui lui ressemble. Je crois vraiment, que notre rencontre et sa façon d’en poursuivre l’échange, est issue de ce même metteur en scène et qu’importent les événements, le meilleur j’en remercie son avènement à notre grande intensité. La réalité nous colle à la peau. Je l’accepte et en redemande. Quelle jouissive baignade ! Tout ne me convient pas en elle. Sa terreur. Son hasard impartial. Son absence de reconnaissance. Que serions-nous sans cela ? Des êtres sans consistance ni contenance. J’accepte cette indispensable adversité sans résignation, et je la combats. D’où mon autre vie. Celle que tu ne connais pas, ou si peu. Qu’importe, elle fait partie de mes couleurs et sans elles, je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui. Dans une rencontre que la vie me présentait, cette personne me partageait sa réalité d’autrefois comme si pour elle, d’en connaître ses ratés, ses erreurs, ses défaillances avait plus d’importances que ce que je percevais d’elle à ce moment. Je la laissai se mettre à nu, avant de lui affirmer que j’aimais sa compagnie, la félicitant d’avoir su se reprendre pour vivre le meilleur. C’est quand même spécial de reconnaître que recevoir une amitié sans condition est souvent conditionné à ce qui nous habite et pourtant la nature est toujours là, à l’inconditionnelle. On aura beau dire d'une expérience à sa résultante d'un moment heureux reste, qu'une connivence à garder un état d'être dans une situation de controverse, se présentant tout bonnement comme pour voir ou même vérifier jusqu'à quel point notre nouvelle façon de vivre nous convient, c'est un autre pas vers l’inconnu. Pour beaucoup, ce mot fait peur mais vient un temps où lorsque l’on a tout essayé et qu’en bout de ligne, le vide est toujours présent, l’alternative se présente et elle se présente encore. La suite m'amène progressivement vers une façon d’être de l’instant. Je croyais devoir supprimer des morceaux du passé, et j’en suis incapable. Le vent l’a fait pour moi. Le présent m’accapare tant. Il se développe avec une facilité que je n’ai jamais connue. Il s’étend jusqu’à des personnes qui m’étaient indifférentes ou si lointaines. Je les vois dans un bel éclat. Ce n’est pas moi qu’ils attendent, cependant ma présence les étonnera. Ma force est de savoir plier sous leurs invectives, me glisser entre elles et me fondre dans une harmonie évolutive, riche, intime. Est-ce moi qui me perçois autrement ? Me reste une connerie profonde que je n’arrive pas à évacuer. D’autres m’y aideront. Peut-être toi ?
Je crois que le plus difficile est sans aucun doute d’accepter ma situation comme elle est et que mon vécu se veut des leçons pour moi-même. Prendre le temps de regarder la nature tout en demeurant arrêté, me permettant d’aller voir en moi, ce qui peut me stimuler vraiment. Un sacré bordel, un doux plaisir, des émotions fossilisées, des absences rongées de l’intérieur, et des nappes phréatiques envahies de larmes lumineuses qui coulent d’une source chaude. L’autre facette me transportant dans le déchirement et la déstabilisation, porte un autre mot, la comparaison. Jauger sans juger. Paraître sans disparaître. Confronter sans compromettre. Je suis toujours aux prises avec, et ce qui m'aide à composer ma réalité, c'est la possibilité de me percevoir comme je suis d'où le plaisir d’être tout simplement. Ainsi je savoure ta présence éloignée, toi, dont j’ignorais la spirituelle existence. Des mots nous ont réunis dans un projet aux contours indéfinis. Des mots personnels et échangés puis partagés s’accumulent déjà dans une consistance qui m’étonne. Rien de précis. D’amis des lettres nous voilà amis sans nous connaître, sans besoin de nous connaître, sans chercher à nous connaître. Les mots nous lient, et nous délient de tout serment. Ce n’est pas de l’amour (ouf !) mais une connivence sans appartenance ni a priori. Tu as su me faire revenir à la fiction. Ce que tu ne sais pas, c’est que Gorki t’as aidé en cela, malgré les contorsions de sa bonté sous le poids idéologique. Il m’a envoyé vers quelques phrases bien trempées, qui cognaient dans ma tête pour en sortir et se jetaient dans un cri d’où est sorti une autre partie qui était enfouie en moi et qui enfin commence à s’exprimer. En tant que maniaco-dépressif en quête de la place la plus utile qu’il aurait pu trouver, utile à la vie respectueuse et lui offrant à lui-même des bonheurs, j’écrivais des chansons réalistes sous le pseudonyme d’Aliocha Pechkov. J’étais une pyramide égyptienne faite de sueur, de larmes et de sang. Je jouissais de la vie et ne faisais ou ne voulais faire que ça au mépris de tout ce qui ne m’amenait pas à ça. Flamme passagère, mon espoir de créer un monde idéal à côté du véritable s’est amenuisé, alors j’ai quitté ce pays imaginaire appelé la cleptomanie où je voulais prendre aux meilleurs auteurs. J’ai traversé un flux de confiances réfléchies. Pendant que je dansais d’impatience comme un ventre affamé, tu m’as d'abord souhaité un bon voyage spirituel, puis dernièrement tu m’as demandé si j’avais perdu mon sens de l’humour ou bien mon temps ? Mais la fiction est le doigt que le singe regarde quand un auteur lui présente son œuvre lunaire. Elle est une forêt où il faut savoir couper des arbres, créer une clairière pour pouvoir sortir de sa condition de loup artistique. Elle permet d’exprimer ce que sans elle on n’arriverait pas à dire à moins de parvenir à forcer l’excellence des mots choisis. Reste donc la littérature. Splendide et majestueuse. Changer le monde, l’embellir à propos, se sentir utile, œuvrer à son niveau, en prendre note et ne pas avoir honte de son audace. Collecter des impressions, travailler en commun, écouter au-delà des préjugés, comparer ses doutes, coordonner ses actes, et exprimer cette puissance créatrice. Se sentir glisser en la réalité comme sur un toboggan invisible. Ça revient à affirmer ce qu'il m'était mentionné d'ailleurs, que le meilleur se veut à son avènement tout en considérant qu'inconnu se souscrit à l'abandon de tout dénouement de par notre volonté car en se faisant, nous répèterons les mêmes mécanismes nous amenant dans nos périodes de grandes noirceurs. Seul, ce choix nous appartient. Je garde ceci de côté. Pour moi. Et quand cela aura pris forme, j’en ferai part, à toi et à d’autres. Nul secret. Nulle nouveauté. Une insistance essentielle à mes yeux. Je profite de l'occasion pour t'écrire ce qui me venait lors d'une période de recueillement, moment qui me fait y revenir de temps en temps. Ce guide... Il a été dans un temps l’envers à ces grands bouleversements m’indiquant la route. Il a été ce carrefour où seul j’étais à l’abandon. Il me fut révélé à chaque pas que je faisais dans l’inconnu. J’y ai mis de grands espoirs de grands bénéfices, prenant pour acquis que ce jour me soit rendu comme un cadeau. À plusieurs reprises, j’avais déjà déballé ce présent bien avant qu’il se produise et aujourd’hui, un autre m'est accessible comme si aucune condition ne fait partie de tant d’abondance comme cette eau qui arrive sans savoir sa provenance. J’en connais sa provenance pourtant, ce dédale de chemin qui vis-à-vis un mur, la violence ne peut le traverser car il prend sa source dans un passé où encore ce message me parvient, pour y apprendre qu’aujourd’hui me propose un choix. Sa main tendu vers moi guidant mes pas dans ces moments nouveaux où tout est possible seulement qu’en sa présence. J’y ai accès si je l’inclus dans chacun de mes mouvements et oublie ce que abondance signifie troublant ainsi mon propre rôle à ne rester que ce servant. Mon accès à ce présent trouve sa source seulement par son apport et tout ce qui va à son encontre, un mur se présentera comme un mirage de désirs volatils. L’abondance parcourt chaque moment de ma vie et en suivre son bénéfice fait que tout devient en moi paisible. Cette journée de lumières où à une affirmation dénotant ce côté de moi oublié, l’humour à lui dire que mon travail avait rapport à ma façon d’être brillant. Le sombre se représente lorsque je le met de côté reprenant la barre de la frustration à ce paysage que je me suis fait de toutes pièces. Toutes semences se composent de l’espoir et en lui, c’est à lui qu’en appartient sa progression. Qui aurait dit cette grande proximité lorsque je lui demande. Qui aurait dit cette révélation inspirant en moi ces expressions qui me viennent comme par magie. Rien ne tarde et tout est là rendant ma conscience alerte à y voir ce présent que je ne connais pas encore. J’avais oublié son apport et aujourd’hui il m’est disponible trouvant réponse à ma demande à me faire advenir le meilleur et cela, sans savoir son contenu et son « dénouement ». Le meilleur lui appartient et en lui laissant le gouvernail, il m’y conduira où que j’aille restant à ses côtés. Tu me donnes ces mots pour y construire ma propre réalité de ce jour. Tu me donnes aussi celle qui au gré du temps, l’événement lui indique ce présent. Son histoire se veut un grand espoir consentant à rester éveiller à ce temps qui lui est révélé. Elle me surprend par ses messages qui, ne l’oublie pas, n’est que ressemblant à tes propres messages dirigeant tes propres pas. Je vis d’abondance à chaque jour et mes besoins me sont donnés. Je te rends grâce et te remercie pour la main que tu me proposes comprenant qu’en toi le dénouement t’appartient. Depuis mes premiers mouvements à cette direction de cette zone inconnue, je me suis permit d’y écrire certains passages pour me souvenir de l’interprétation que je portais à l’abondance qui m’avait été enseignée avant mon périple. Heureusement que la vie m’en ferait découvrir une autre saveur passant à celle de l’essentiel. À une courte lecture d’une phrase menant à ce devenir d’en vivre à ce maintenant, d’en laisser ce hier derrière soi, ouvrait le passage de gestes où joie et estime de moi-même, suscitaient l’action d’oser ce temps nouveau, temps propice ne comportant aucune défaillance pour en abdiquer, que passé était à venir. Je pense à haute voix : Abondance est à cette nouvelle facette à regarder vers ce devant et qu’hier se veut qu’une indication qu’un temps m’est allouée et projetée, de suivre le courant m’amène dans des décors m’habitant mais qu’à contre courant, je ne pourrai voir étant trop occupé à rester dans mes réalisations déjà passé et pire encore, d’essayer de refaire un passé me donnant raison. D’une certaine manière, abondance m’est pour l’une ou l’autre direction. Delà, d’en vivre une inexistence suscite ce grand besoin d’y connaître cette réalité à cette renaissance de chaque jour à ce que je suis vraiment.
Je constate que le temps fut et est, pour moi, un merveilleux ami. Il est celui qui m’écoute et m’a toujours écouté. Le large comme je te mentionnais, était et est devenu l’ouverture à l’écouter. Calme et tranquillité furent ses premières indications. La suite me permettait et me permet de voir arriver des événements qui ont généré des situations et génèrent encore, au-delà de toutes pensées. Je me souviendrai toujours d’une phrase qui me surprenait et ce, tout bonnement en lisant un passage dans un livre, comme quoi, lorsque le temps est venu, il nous indique le geste. Voici ce message : « Ce que nous vivons en réalité est ce que nous entretenons tout à l’intérieur de nous-mêmes alors, tout a sa source en nous. » Comme ma réalité était à l’opposée de ce que je désirais et entretenais, aller à ma rencontre pour me vivre tel que j’étais, aujourd’hui, je peux l’affirmer, le temps, je m’y investis pour l’écouter sans pour autant m’éviter. Aussi, je t’écris. Écrire. Y prendre du plaisir. Relire mes brouillons sauvés de leur sacrifice sur l’autel de la littérature et les abandonner une fois de plus. Mettre de côtés, pour un temps, mes idéaux, et gonfler mon enthousiasme de tes mots. Savoir tes courriers à disposition. Les relire avec plaisir et étonnement. Ressentir ton évolution, tes instants. Reconnaître ce bien-être et le savourer. Puis je retombe sur moi. Ce qui est formidable c'est que même si dans un autre temps, ma façon d'être se voyait modifiée du tout au tout, reste que je suis toujours aussi fragile à certaines zones de ma vie pouvant me déstabiliser. Peut-être le sont-elles pour m'apprendre un peu plus sur moi-même percevant le chemin parcouru et ne peut plus reculer. À ces quatre derniers mots, ceci est un souhait mais il fait partie de nous. Dans le fond, la vie est simple. Ce qui étonne, c’est que depuis ce périple, je suis les saisons et inconnu, fait partie de ma réalité. Je serai où dans un an, dans six mois, demain, je n’en ai aucune idée croyant uniquement qu’aujourd’hui est le seul temps où je peux me vivre avec mes questions, mes excès, mes humeurs, mes différences pour m’amener à être bien à l’opposé d’en avoir été bon et éteint. J’en suis à mes dernières lignes car si je continue à ce train, tu pourrais m’affirmer que de se revoir, serait un autre bon moment et qui sait, peut-être qu’à cet instant où tu ne t’y attendras le moins, je sortirai d’une autre boite à surprise comme l’est quelques fois, certains événements de ma vie. |

