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Monde décrissé dans les rues de Montréal

Un texte de Wikipen.

Un gars m’demande comment ça va… Ca va mal… Ca va comme lui… Mal en criss. Chu assis sur un banc de parc… 10 once de Jack dans poche gauche de mon coat… paquet à moitié vide de Peter Jackson din mains… Y me d’mande une cigarette « J’peux tu m’asseoir a‘ec toé? »... Pourquoi pas… Tin la cig, j’y donne du feu… y s’allume.

Y a l’air fif… Y aime les gars c’est clair… C’est vrai que j’pas trop loin de leur cartier. Yé noir, maigre… Coké à fond la caisse. « Aide moé » qu’y m’dit. T’aider ? Pourquoi j’f’rais ça ? J’ai tu l’air de monsieur philanthrope en c’moment moé là ? J’ai pas le goût d’t’aider… J’ai pas le goût d’aider fucking personne ! « Come on ! y m’manque juste 20 piasses pour faire une roche ». Cé ça… d’la freebase ça va t’aider au boutte ! « Cé pas de la freebase que j’veux… Cé du crack. » Cé quoi la différence? « D’la freebase, cé faite avec d’la p’tite vache, du bicarbonate de soude… Du crack, cé faite avec d’l’ammoniaque, cé ben mieux. » Ouais ! surement… Ça doit être ben mieux ! « Enwoye ! une p’tite roche… apres ça une chambre d’hotel on va fourrer, ch’t’en manque de sexe ». Non man ! T’as trop d’barbe pis pas assez d’toton… Té pas mon genre de trip de cul ! Y fini par sacrer son camp… Non ! c’est vrai… Cé moé qu’y a sacré mon camp… J’me suis l’vé pis chu parti.

L’soleil se couche sur Montréal.

J’marche le long de Ste-catherine, vers l’ouest… Crissement longtemps, j’ai mal à un pied… manquait rien que ça ! J’boite. Y doit être quoi ? 2h00 du matin ? A peu près. Chu dans le cartier des anglais… Dans le coins de Peel passé le HMV… Y a rien icitte… J’marcherai pas jusqu’à Atwater no way ! Fuck off ! J’fais d’mis tour pis j'me r'met à marcher… J’sens p’us mon pied. Coin Ste-Cat Bérri. Chu r’venu à mon point de départ.

Calice qu'y sont laides les « sculptures » dans le square Berri. Trois beaux gros tas d’marde juchés sur dé poteaux qui pissent de l’eau qui vient de j’ché pas trop où dans dé espèces de tranchés en béton… Trois tas d’ferraille qui s’prétendrent « œuvre d’art » sensées représenter l’urbanisme sophistiqué d’« La Métropole »… fuck you calice… faut vraiment prendre le monde pour des caves mettre ça là.

Éparpillé devant les trois structures… une myriade de clochards en train de dormir à terre. Ça r’met, un peu, les choses en perspective… À leurs place, j’me s’rais tiré une balle dans tête ben avant d’me rendre la. Y a un Mc Do d’l’autre bord d’la rue… Chu dû pour un café.

Dans l’Mc Do y a un vieux assis à une table qui m’dévisage en entrant. « Hey! Buddy got some cash for a coffee? » J’l’ignore complètement… J’me criss de tout le monde. Assis à coté d’lui y’a un autre gars qu’y a l’air de s’parler tout seul. Yé pas content, pathétiquement pas content. Café une crème un sucre que j’demande au caissier. J’m’assis en face de mes deux nouveaux amis… j’regarde dans l’vide, pis j’bois mon café. Le « pas content » s’exclame : « Y a du monde qui s’prennent pour des big shot, s’trouvent plus cool que tout le monde. Mais non, sont pas plus cool que lé autres. » Y parle de moi pis j’m’en contre-calice… J’pense à c’que j’va faire. J’étais pas supposé passer à travers de c’te nuit là… Le plan c’tait d’en finir à soir… J’aime la vie… mais pas la mienne…

J’pense à ma mère

J’peux pas faire ça à ma mère.

J’y f’rai pas ça.

Le soleil se lève sur Montréal.