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Mort laid

Un texte de Wikipen.

C'est le chemin vers la grisaille.
Une dernière fois, prendre la route qui serpente, en léchant la côte des souvenirs.


Une dernière fois, s'arrêter sur le pont.
C'est le deuxième matin de l'année.


Une belle clarté perce les brumes du littoral. Tout près, l'herbe a des reflets irlandais.


Une belle vue sur le large, et la route dégagée.

C'est un retour à la réalité.


Une station diffuse des ballades amères, airs frondeurs, chants rêvés.


Une petite voix, inquiète, insistante, comme fâchée.
C'est le temps des pensées irrésolues.


Une atmosphère s'installe, un calme serein, sans avis de tempête, lent, chargé.



Une décision simple, presque banale, et les gestes pour l'accompagner.


Bientôt ce sera la fin d'une parenthèse, d'une trêve préméditée.



Le silence pèse à peine, l'être respire, apaisé.
Le mouvement est bref, le résultat escompté.


Bientôt ce sera le premier bitume de la journée.


La route grossit, se raidit, s'accélère. Doucement.
Le premier conducteur arrive, s'arrête, intrigué.


Bientôt ce sera le camion, les questions empressées.


Les premiers habitats annoncent la fin de l'estuaire, son entrave et ses âmes.
Les vivants s'interrogent, s'apitoient, s'alarment.


Bientôt ce sera l'enquête, la rumeur, les mensonges.


La contemplation du pont masque l'attroupement, son indécente incidence.
L'identification du corps n'est plus qu'une question de secondes.


Un arrêt ? Sur la route ? Et pourquoi ?
Ce n'est rien, il est là, suicidé





Une version sonore se trouve ici