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My lucky star

Un texte de Wikipen.

Une vieille dame seule écoute la télé, les yeux fermés, la rumeur l'enveloppe, on l'invite à rentrer sans char dans l'actualité, en refus de la solitude, elle guette, elle n'a rien su sa vie durant des fureurs de la propagande, trop petite en 40, trop occupée en 68, trop vieille en 95, la discrétion même, persuadée de l'inutilité des soubresauts de la lutte contre l'ambition des uns, la jalousie des autres, l'indifférence aux malheurs de ce tiers humain qui n'est ni frère, ni cousin, ni voisin, ni coreligionnaire, pas assez proche pour susciter l'empathie, le télé trie, choisit qui sera proche dans l'image, le langage, la répétition, refoule aux frontières du silence et de l'étrangeté les silhouettes fondues dans la foule grise des "gens".
La bouillie sans effort alimente sa rêverie au goutte à goutte lent d'une perfusion sans heurt, dans la chaleur ronronnante de la chambre à coucher fermée à l'air wické-lavande.
46% d'intellectuels, voilà le retour des élites de la république
75 femmes dans cette assemblée, on finira par les dépasser
Le parlement étend son rôle, il était temps...
Mais c'est où tout ça ? On dirait que la voix date, oui elle prononce les négations, articule, ne connait même pas l'anglais, termine ses phrases, ne coupe pas la parole à son interlocuteur, ni même au traducteur...
Ah ! Horreur ! La vieille dame voit surgir un fantôme, gris brutal, violent, dépassé. Un squelette, secouant les osselets décharnés de ses mains, dans une musique macabre ...Une casquette à la visière raide démesurée, une étoile...
"Oh, comme je t'ai aimé, mon tendre idéal, comme tu m'as rendue heureuse; sous ton bras tu roulais mes espoirs, les emportant dans chacun de tes voyages, depuis le premier train sibérien jusqu'au rivage cubain. Ta mélodie virile, rassurante, l'immense ombre que tu portais sur le monde, le cachant des ardeurs trop puissantes de l'argent....
À ton cou, la chaine de l'altruisme, si serrée, où s'accroche le joyau de l'exigeante égalité. Ton regard brillant de l'éclat halluciné d'une victoire à portée de faucille, à moissonner dès le prochain été..." Enterré, refoulé, tombeau des souvenirs hantés, honni par celles qui t'avaient épousé.
Mais c'est quand tout ça ?
Roumanie 1953.
Mémoire rescapée. Intellectuels otages, parlement fantoche, femmes complices.
Retouche la cible, un instant esquissée, d'un espoir jamais atteint, dont le cœur battait sous l'étoile rouge,
qui n'offre pas la chance d'être retenue aux jeux de vingt heures pour gagner des millions, gratter la célébrité ou faire sauter la banque au deuxième tirage. En sursaut la vieille dame éteint sa télé.