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NOUS 4

Un texte de Wikipen.

Après avoir ingurgité série américaine sur série américaine je me suis retrouvée coincée entre Hollywood et Bollywood, entre la violence et l’amour. C’est ainsi que je me suis mise à lire. Je préférais lire. La liberté y est plus grande. Ma liberté y était plus grande. Des essais, de la philosophie, de l’Histoire des petites gens. Et des journaux aussi. Mon rôle passif dans les grands choix de notre civilisation m’indisposait de plus en plus. J’en avais marre d’entendre parler des grèves, des manifs, des heurts en Chine à cause de la fabrication de gadgets pour les fast-foods, de chaussures ou de vêtements. J’encaissais ! J’encaissais ! J’en avais marre d’encaisser ! Marre que les gamins des sociétés de consommation ne soient plus considérés que comme des objectifs de merchandising pendant que les gamins chinois ou d’autres pays se faisaient exploiter de plus en plus au point de devenir consentants pour vendre leurs organes ou leurs corps sexuellement, ou d’être enrôler de force en les droguant et en leur demandant de tuer leurs propres parents afin de finir de les déstabiliser et de les entourer par la haine des habitants de leur village. Les accords internationaux ne suffisaient pas. Ils ont le tort d’être pauvres ! Et comme l'avait dit cet exécrable Donald Rumsfeld, lors de sa prestation de serment: L’histoire nous enseigne que la faiblesse est une provocation... Et ces enfants coûtaient moins cher que leurs parents qui restaient donc sans emploi. À quoi bon instruire ses enfants quand on savait par quelles épreuves ils passeraient ?
Personnellement j’avais le tort de ne pas être influente, moi, simple caissière dans une grande société de distribution. Il me manquait le pouvoir du bon exemple. Comment aurais-je été capable d’aider autrui sans être capable de m’aider ? Comment aider les autres à se faire respecter si je ne savais pas me faire respecter ? Par quoi commencer ? Je me souvins alors que j’avais eu vent que certaines associations écolos avaient réussi à faire emmagasiner tracts et prospectus publicitaires par des particuliers dans le but de tous les déposer le même jour devant les entrées des magasins. Ce genre d’action marquait les consciences. Surtout la mienne. Je me souvenais aussi des SDF que personne n’arrivait à parquer. Trop de parasites tue le tourisme ! Alors pour nettoyer les centres-villes il fallut s’attaquer aux bancs sur lesquels ils passaient leurs journées, leurs vies. Les bancs du métro, des gares, des aéroports, et des villes. Alors les pouvoirs publics et le secteur privé se mirent en concurrence. Ce fut à celui qui trouverait les idées les plus ingénieuses malgré leur coût reporté sur les consommateurs. D’où les sièges à position verticale. D’où la suppression d’un siège sur deux afin d’interdire physiquement la position allongée. D’où le fleurissement des accoudoirs. Tout cela dans le plus grand sens esthétique. Ah, oui j'oubliais aussi ces galets et ces pierres qui poussaient comme par hasard au pied des entrées d'immeubles sur le gazon, anciennement sacré, afin de supprimer toute envie de s'allonger ou même de s'asseoir. Par solidarité, dès que je suis parvenue à trouver la force revitalisante, plus efficace que celle pour l’émail de mes dents, j’ai intégré l’association Toit sans Frontière. Fournir des tentes aux SDF me plaisait. Les villes, pour ne plus avoir honte du phénomène qui s’étendait de plus en plus, se décidèrent à accélérer la recherche de logements libres, quitte à réquisitionner. Ne pouvant palier au manque de logements, les villes inventèrent des arrêtés municipaux interdisant les tentes dans les villes. Surtout dans les cœurs de villes. Quelle honte !
Il nous fallut trouver d’autres angles d’approche efficaces. Nous n’avions pas envie de carapoter face à la perversité de la société. Notre association ne pouvait pas se permettre de faire exprès de perdre à ce monopoly grandeur nature. Plusieurs d’entre-nous débattions souvent. C’est ainsi que nous fîmes connaissance avec le groupe Respect de l’assemblée. C’est toujours ainsi que nous appelons cette grande réunion de personnes qui ont envie d’une société plus jouissive, plus ouverte et plus respectueuse. Notre groupe, contrairement à d’autres, voulait choquer les consciences sans dégradation physique ou matérielle. La surmodernité, on y était en plein. Nous en sommes loin de cette époque. Nous avons fait du chemin. Nous devons continuer. Notre responsabilité est en jeu.


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Plusieurs études ont démontré que la valeur du quotient intellectuel d'un individu était lié à la vitesse de traitement de l'information de son cerveau. Ainsi, si par le passé on a considéré le calcul du QI comme une divergence entre âge réel et âge mental, une nouvelle approche permet de considérer le QI comme une répartition gaussienne des capacités du cerveau humain, avec, à une extrémité, les débiles profonds et légers, les trisomiques, les attardés mentaux, et de l'autre, les surdoués et... certains autistes.

Il est intéressant de noter que, dans nombre de sociétés dites évoluées, la notion de douance ou surdouement a très longtemps été considérée comme ne s'appliquant qu'aux enfants. Comme si, une fois à l'âge adulte, les hauts QI finissaient par se tasser et rentrer dans le rang. Il y a, derrière ce phénomène, une pensée égalitaire inspirée du christianisme, souhaitant inculquer aux masses que la réussite dans l'apprentissage, puis dans la vie en général, est d'abord et avant tout le fruit du travail. Or la réussite n'est pas liée au travail. Elle est liée à l'expérience. Et l'expérience de la vie s'accumule avec le temps. Ce que voulait faire croire la société bien pensante, c'est que nous sommes tous égaux face au temps.

Malheureusement, certains individus comprennent plus vite que d'autres. Leur cerveau est ainsi fait. D'avantages de connexions synaptiques ? Meilleure circulation du sang dang le cerveau ? Quoi qu'il en soit, certains naissent avec un cerveau qui fonctionne plus efficacement que la moyenne. Parmi ceux qui n'étaient pas directement concernés mais qui reconnaissaient l'existence de ce phénomène, la majorité considérait que le fait d'avoir ce don permettait une super-adaptation à la vie en société, et qu'il n'était donc pas nécessaire de se soucier du bien-être psychologique et social de ces individus. Etant donné leurs capacités intellectuelles, ils devaient bien pouvoir résoudre par eux-mêmes leurs difficultés personnelles, si toutefois ils en avaient !

Mais de la même façon qu'un trisomique n'est pas adapté à la vie en société avec des personnes de QI moyen, les surdoués éprouvent, dans leur grande majorité, des difficultés à se sentir épanouis au milieu de personnes qui ne comprennent pas ce qui les entourent aussi rapidement qu'eux. L'une des solutions proposées, pour les plus jeunes, en créant des écoles et des institutions réservées aux surdoués, n'avait pas de sens. Propose-t-on aux trisomiques des centres dans lesquels ils ne sont admis que jusqu'à leur majorité ? Prendre réellement en compte l'inadaptation des surdoués face à la vie en société nécessitait au contraire de les immerger au maximum dans un environnement "normatif", tout en leur enseignant en quoi résidait leur faculté, et de quelle façon ils pouvaient en tirer le meilleur usage.

La grande majorité des surdoués adultes ne savaient pas qu'ils l'étaient. Etant donné que l'on peut considérer comme surdoué un adulte sur 50, on peut imaginer le nombre de dizaines de milliers de personnes souffrant d'une inadaptation sur laquelle aucun médecin ni psychanaliste n'osait mettre de nom ! Le plus difficile pour ces individus était d'occuper d'une façon ou d'une autre leur esprit toujours insatiable d'informations à traiter. La liste des dérivatifs est assez longue. Parmi les plus répandus, on trouve les jeux (jeux de société, de logique, jeux de rôles), l'apprentissage des langues ou de la culture. Par ailleurs, ces personnes pouvaient pratiquer toute sorte de professions où ils maîtrisaient parfaitement leur travail personnel, mais où ils peinaient à gérer leurs relations de travail avec les autres. Le plus dramatique étant qu'une partie des facultés intellectuelles de ces personnes était souvent utilisée pour restreindre ces mêmes facultés, pour limiter la différence intellectuelle avec la moyenne, pour s'auto-censurer, plutôt que de chercher à exploiter au maximum ce don et à en faire profiter les autres. Et cela, principalement dans le but de ne pas paraître arrogant, supérieur, et de se faire accepter comme... un individu normal.


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Oh moi, la SCDUGSDD, la simple caissière dans une grande société de distribution, je n'ai jamais resenti ce complexe de supériorité. Par contre je continuais de cheminer. Avec bonheur j’avais intégré le groupe Respect de l’assemblée. On a toujours écrit ce dernier mot avec un a minuscule. Une simple convention qui dénotait bien de cette volonté d’être un pouvoir sans être un but. Juste un efficace moyen ! Donc, stimulée par notre groupe Respect, je cogitais pas mal de mon côté. Je me souviendrai toujours du plus beau lundi de ma vie ! Ce lundi là, la direction du magasin où je travaillais avait instauré sans préavis le travail le dimanche pour tous ses employés, donc pour moi. J’avais parié avec mes collègues que je ne travaillerais pas le dimanche suivant. Aussi je pris sur moi pour dépasser ma timidité légendaire et chaque jour de la semaine j’avais une nouvelle idée. Une idée pour désorienter les clients que je ne pouvais plus encarter. Une idée pour énerver mes chefs que je ne pouvais plus sacquer. Une idée pour exaspérer la direction. Ils se prennent tous pour de grands argentiers alors qu’ils ne sont même pas des comptes en banque. Ils ne sont que de grands débiteurs. Alors commença la plus grande partie de Jacques Caddy que j’ai connue. D’abord je faisais perdre contenance aux clients en alternant un client servi avec une vitesse d’exécution excessive et un client servi avec la lenteur d’un aï. Hmm ! Ils détestaient ça ! Ça volait puis ça traînait ! Hmm ! Que c’était bon ! Que de cris ! Que d’humeurs grognonnes ! Le mardi, tout est permis ! Je prétextais un dysfonctionnement de ma caisse ou bien un défaut de fabrication rédhibitoire afin de refuser les articles favoris des clients. Le mercredi, je signalais les erreurs du catalogue en leur faveur une fois qu’ils avaient payé s'ils n'avaient pas pris ces articles. Le mercredi je fis croire aux clients, jusqu’à ce qu’ils perdent contenance et deviennent livides, qu’ils avaient raté une promotion inoubliable. Le vendredi je fis croire aux clients que le lendemain devait être un jour de promos exceptionnelles… et que je venais d’apprendre à l’instant même que cette opération venait d’être annulée. Le samedi fut mon jour de folie ! Je fis croire à certains clients que tous ceux d’avant avaient bénéficié d’une remise de 50% sur tous leurs achats. À d’autres clients je fis croire que, s’ils m’avaient montré le catalogue du magasin, je leur aurais listé leurs articles par ordre de prix et que la moitié la plus chère aurait été gratuite. Et aux autres clients je fis croire un dysfonctionnement de ma caisse. Soit disant que tous les articles qu’ils avaient posés sur le tapis roulant étaient gratuits… jusqu’à ce qu’ils aient tout remis dans leur caddy. Sans oublier de leur murmurer auparavant qu’ils auraient dû davantage remplir leur caddy.
Tant de plaintes parvinrent à mes supérieurs que l’on ne me permit pas finir ma semaine. En clair, je fus virée !... pour quelques heures seulement car mes collègues utilisèrent mes nouvelles méthodes de protestation. Histoire de manifester leur mécontentement et leur écoeurement. Elles en comprirent vite la force de l’impact. Même si elles connaissaient ma volonté de quitter la région, elles voulaient que je reste, et surtout que je ne parte pas dans de telles circonstances. Elles avaient tellement ri. Je ne suis pas une meneuse. Encore moins une leader. Parce qu’elles voulaient aussi que je prenne leur défense… la contre-attaque me convient mieux. Alors je fus réintégrée dans mes services par déchirement de mon licenciement des mains mêmes de mon chefchef. Hmm, il a dû avoir la chiasse ce jour là !


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Je continue mon histoire. Vous vous souvenez, j’avais quitté la ville pour m’installer à la campagne. J’avais trouvé une vieille masure à retaper, complètement isolée dans un département qui porte d’ailleurs bien son nom : la Creuse. Pourquoi étais-je partis ? Loin de moi l’idée de fuir une réalité urbaine qui finalement s’imposait également, certes avec moins de puissance, aux ruraux. Pour être honnête j’avais délibérément choisi l’isolement afin de mener à bien une expérience. Expérience qui ne pouvait décemment pas être tentée en ville. L’idée m’était venue lors d’un voyage à l’étranger, en traversant un village de cases au Tchad. Les habitants qui baignaient dans une émouvante pauvreté étaient tous réunis au bord de la piste face à la rivière, apparemment consternés. Lorsque mon véhicule arriva à leur hauteur je compris ce qui se passait. Le pont en bois s’était effondré et les femmes qui revenaient des champs étaient bloquées de l’autre côté avec leurs chargements. Étonnamment la rivière s’était gorgée d’eau suite à un violent orage et la déferlante avait emporté le chétif pont avec elle. Quelle ironie dans un pays ou la sécheresse cause tant de désastre ! Même l’eau s’acharnait… Il fallait réparer l’infrastructure au plus vite mais les hommes s’étaient lancés dans d’interminables palabres. Qui allait refaire le pont ? Qui allait payer ? Qui était responsable ? Etc.

En fait sur l’instant j’ai réalisé qu’au lieu d’agir efficacement ils cherchaient réellement un coupable à leur malheur et, en même temps, un plan pour organiser d’après des règles obscures des prises de décision qui seraient certainement infertiles. Et chacun d’avoir la meilleure idée et chacun de posséder la meilleure solution et la vérité. Finalement c’est le chef du village qui trancha et qui envoya un jeune chercher les militaires à quelques kilomètres pour que ces derniers viennent réparer le pont… N’étant pas forcément le bienvenu dans cette zone reculée du pays je suis reparti sur la piste principale qui virait à l’opposé de l’attroupement. Et je pensais. Quelle est la plus grande richesse sur Terre ? Quelle est finalement La seule et Unique richesse en ce bas monde ? Je ne trouva pas d’autre réponse que l’Humain et aujourd’hui encore je n’ai pas trouvé au contraire le temps passant j’ai acquis la certitude que la seule richesse sur terre est l’être humain.


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Hmm… quand je repense à mon chefchef qui a dû déchirer ma notification de licenciement devant les yeux des employés, je ris et je savoure ce moment. Donc puisque j’avais réussi à garder mon repos hebdomadaire, comme je l’avais parié avec mes collègues, j’ai passé mon dimanche à narguer mes chefs d’équipe en me promenant, une fois n’est pas coutume, au milieu des rayons du magasin sans rien acheter. Le lundi matin suivant je prenais mes nouvelles fonctions. La direction m’avait même accordé une promotion au sein de l’entreprise dans une ville de mon choix à condition que je rentre dans le rang. Ce n’était pas mes oignons. Je ne voulais plus partir. Alors la direction m’a changée de poste afin de m’isoler. J’ai atterri à la station service du magasin. À la caisse ! Que voulez-vous, je n’avais aucune autre formation professionnelle ! Et puis lorsque je n’écoutais pas France-Culture et certaines émissions politiques à la radio, je pouvais penser !
Bon, en plus, je n’avais rien spécialement contre le pétrole. Je savais que ceux qui se faisaient le plus de fric avec lui étaient déjà en train de préparer de nouveaux produits et de nouvelles techniques afin d’acheter avant les autres les différents brevets d’invention. Leur difficulté n’a jamais été de trouver un produit pour remplacer le pétrole sinon ils se seraient contentés de l’énergie solaire. Non, il fallait un produit difficilement stockable et non renouvelable à souhait afin de ne pas perdre les avantages du réseau de distribution qu’ils avaient mis plus d’un siècle à mettre en place. Et que les États pouvaient taxer à volonté. L’énergie solaire ? Non, ça ne pouvait pas leur convenir. Ils nous refaisaient le coup (coût) des CFC. Ces gaz qui trouent l’ozone. Les Etats-Unis ont attendu de posséder les brevets de la technologie nécessaire au remplacement des réfrigérateurs avant de signer les accords internationaux de lutte contre les CFC. Le pactole cette fois était bien plus gros.
Ah, ce que j’étais bien dans ma bulle ! Trop inerte quand même ! Une nouvelle lubie me prit ! Je collais des affichettes sur chaque pompe indiquant que les cartes de crédit ne passaient pas, et que les chèques étaient refusés par la direction à moins de montrer cinq pièces d’identités différentes et payer au moins la moitié en liquide. Ou qu’il fallait payer avant de se servir. Puis en début d’après-midi, après la pause, j’ai eu un déclic. La direction, maintenant je sais pourquoi, a horreur des pauses. Trop d’échanges d’expériences en quelques minutes. J’en ai eu marre de toutes ces plaintes et j’ai repensé à l’énergie solaire. Alors j’ai quitté ma petite cabane de caissière pour placarder sur chaque pompe : C’est la fin ! Nous ne pouvons plus nous fournir en carburant à cause de son prix prohibitif. Veuillez construire vos propres véhicules solaires. Ainsi nous ne pomperons plus votre fric jusqu’à la moelle de vos enfants. Signé : La direction ! Et comme « la foule ne redevient peuple qu’en temps de crise », cela fit son petit effet. De la dynamite intellectuelle ! La susdite direction ne savait plus quoi faire de moi. Elle n’en avait plus ‘plus rien à faire’ de moi. Je jubilais ! J’existais pour ma direction. Elle regardait dans ma direction ! Moi, l’inférieure hiérarchique. Moi la pauvre petite caissière employée à temps partiel imposé. J’existais ! Nous étions de plus en plus à exister pour nous-mêmes !


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J’avais donc racheté aux héritiers d’un vieil homme décédé depuis peu une maison délabrée en pierre de taille dans la Creuse. Le terrain était vaste et composé d’une partie potagère, d’une partie agricole inconstructible et d’une partie ornementale entourant la bâtisse. En fait l’ancien propriétaire avait fini ses jours reclu dans la seule pièce encore salubre de la maison, la salle à manger. La cheminée, récemment ramonée, fonctionnait et la pièce était correctement isolée. Le reste de la demeure, assez vaste au demeurant, était en revanche dans un état pitoyable. De plus l’électricité n’avait jamais été amenée ici et l’eau courante s’était le ruisseau qui sillonnait le terrain et qui irriguait un mignon puits ainsi que la parcelle agricole en jachère depuis des années. J'avais payé une bouchée de pain pour cette acquisition et c’était d’ailleurs le but. L’expérience que je comptais mener devait suivre un mode opératoire strict et le budget devait être limité au minimum. Une fois la vente entérinée chez le notaire je suis retourné à Paris pour organiser mon déménagement et lancer la première partie de l’expérience, rechercher des personnes motivées, libres et indépendantes.

Comment trouver de telles personnes ? Comment avoir la certitude qu’elles sont libres et indépendantes ? Me demanderez-vous, dubitatifs. Effectivement, ce n’était pas là une mission aisée, je dirai même qu’il s’agissait de la partie la plus ardue de l’expérience cependant j’avais une idée…

J’arpentais tous les jours les quais de Seine et je m’arrêtais à chaque fois que je rencontrais un sans-abri ou une de leurs tentes. Vous savez ces tentes distribuées par « Médecins sans frontières ». Je discutais et utilisais mes facultés, en toute humilité assez développées, pour cerner et comprendre les idiosyncrasies de chacun.
En aucun cas je ne les jugeais d’après « La Morale Bien Pensante » mais je m’efforçais de les jauger d’après « ma morale », très nietzschéenne, que je qualifierais de « Morale de la Cloche de Minuit ». Les seuls éléments qui comptaient pour moi étaient ceux de la volonté. La seule « qualité » qui comptait pour moi était la capacité de chacun à maîtriser ses instincts afin qu’ils rejoignent sa conscience.
Le critère disqualifiant était la non-compréhension de ses instincts, c’est-à-dire lorsque les individus opposaient instinct comme émanation incontrôlée subie et conscience comme émanation réfléchie de l’esprit…

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