Nerfs tendus
Un texte de Wikipen.
Quelle soirée ! Des comme ça je m’en passe volontiers.
J’ai infusé plus de six heures dans un bar minable, un bouge infâme et crasseux à l’angle de St John’s street et Vernon, portant le nom évocateur de « Casa Nostra », et quand je vais vous raconter que je m’en suis sorti indemne vous n’allez pas me croire…
Déjà faut que je vous dise comment je suis arrivé là. Je me baladais tranquillement dans le quartier vers neuf heures du soir, j’allais rendre visite à Danny « l’émetteur ». Vous connaissez Danny ? On l’appelle « l’émetteur » en raison de sa faculté, encore inexpliquée, à alerter et rameuter tous les flics de la ville toujours au plus mauvais moment, évidemment. Personne ne travaille plus avec Danny depuis des années, il est complètement grillé et si j’allais passer lui faire un petit coucou c’était juste parce que ce débile me devait cent livres et que j’étais bien décidé à les lui faire cracher coûte que coûte. Bref, quand je suis arrivé à hauteur du Star Buck, un des nombreux avatars de la minable chaîne américaine de coffee qui vous sert sous le nom de café un jus de chaussette insipide, comme donnuts des ersatz si lourds et denses qu’ils feraient redescendre sur terre Paco Rabanne et avec, en guise d’accueil, un sévère « Two Pounds » de la serveuse, j’ai entendu des cris provenant d’une ruelle sise face à la librairie « Booksworm », un grenier poussiéreux qui pue le vieux papier humide jusque dans les rues alentour. Avec curiosité et en me disant qu’il serait vraiment trop bête de ne pas aller jeter un œil je me suis résigné à faire un détour et qu’aperçois-je alors ? Danny, ce vaurien, en train de se faire frapper par deux mecs visiblement pas commodes. C’est quand l’un d’entre eux a sorti son surin que je me suis dit qu’il fallait agir. Si Danny mourait je pouvais dire adieu à mes cent livres. J’ai sorti mon flingue et tiré une balle dans le tas, en évitant soigneusement mon débiteur, pour les effrayer. Pile à ce moment le sergent Mc Kain, un gros porc qui s’empiffre à longueur de journée des Donnuts de chez Star Buck coffee, déboule dans la ruelle juste derrière les types et juste au moment où un des types qui frappaient Danny se retourne pour me tirer une balle dessus. Je n’avais pas vu qu’il avait un flingue. Toujours est-il que la balle qui était destinée au type qui me menaçait vient se loger pile entre les deux yeux du sergent qui s’effondre lourdement sur le sol. « Merde ! » Me suis-je dit alors que le sifflement d’un projectile rasait mon oreille. Les deux agresseurs de Danny se sont barrés fissa tout comme Danny d’ailleurs qui n’a même pas pris le temps de me dire merci, quelle ingratitude. J’ai donc fini dans ce bar pourri pour me cacher quelques heures le temps que tout se tasse.
Quand je suis rentré dans la salle enfumée la patronne m’a dit « On ferme bientôt ». Elle ne savait pas que ce soir elle ferait des heures sup. Je me faisais chier comme un rat mort jusqu’au moment où cinq types sont rentrés comme des furies dans le bar. Ils étaient armés de fusils à pompes et de revolvers. L’un d’eux pissait le sang, je l’ai reconnu de suite il s’agissait du type de la ruelle sur lequel j’avais tiré. Son pote qui avait tenté de me tuer n’était cependant pas là. C’est bien ma veine ai-je pensé. En fait les gars venaient se cacher aussi, je l’ai vite compris. J’étais maintenant dans un sac rempli de serpents. Comme la patronne se rebellait un peu ce n’était vraiment pas pour arranger mes affaires et il fallait que je trouve une solution rapidement. En fait je suis resté couché sur le sol poisseux et jonché de mégots plus d’une heure avant que la situation évolue, lorsque les flics sont arrivés. Ils se tenaient dehors et cernaient le bar et ses alentours. Un négociateur avait tenté de faire la liaison entre l’intérieur et l’extérieur mais il s’était gentiment fait refouler. Les malfrats gardaient en otage le bar et ses occupants pendant qu’ils cherchaient désespérément une échappatoire. Leur tension nerveuse était palpable et moi, charmant dans le vent, j’étais par terre, désespérément coincé au sol. Soudain un des mecs armés allume la télé et règle la chaîne d’information continue. Pas besoin que je vous fasse un dessin vous vous doutez bien ce qu’évoquait l’actualité. Trois flics morts ! Bon sang je savais pour ce gros lourdaud de Mc Kain mais pas pour les deux autres. Les malfrats étaient paniqués, surtout l’un d’eux, petit et laid. Il ne cessait de s’exclamer des « Oh putain on va crever, putain ! » « Oh putain on va finir nos jours en taule, putain » « Oh putain merde, putain » etc. En fait ce mec commençait toutes ses phrases par putain et il les finissait de même (ses phrases suivons) ce qui, à la longue, était très pénible à supporter d’autant plus que sa voix nasale m’horripilait à un degré rarement atteint. Bref, les mecs balisaient comme des employés de la DDE après la tempête. Ils ont tenté de défoncer un mur dans la réserve mais le bar qui datait d’avant les années Thatcher était en sous-sol et ne s’ouvrait sur rien. De plus il ne disposait pas d’issue de secours ce qui garantissait certainement notre protection mais augmentait grandement le risque de se faire arrêter. Finalement les mecs ont complètement perdu leurs moyens et une déflagration a retenti au sous-sol puis les flics dehors se sont mis sur le pied de guerre. En même temps la télé passait des images du présumé tueur. Et bah j’étais ravi de voir que c’était pas ma gueule. Ce n’était pas la gueule d’un des malfrats non plus. Surprise, le mec blasé qui était le seul client du bar lorsque je suis arrivé, eh bien c’était lui que la télé montrait, un certain Alan Green. Le mec est devenu blême et a tenté de détourner l’attention mais c’était trop tard, un des malfrats resté à l’étage avait tout vu et avait reconnu le type. « Salopard ! » s’écriat-il avant de lui asséner un violent coup de crosse sur le coin du crâne. Quelle merde je vous jure et fallait que ça tombe sur moi. Danny allait m’entendre c’était deux cents livres qu’il me devait maintenant. Voyant cela, la patronne sort son fusil à pompe de dessous le comptoir et bute le malfrat qui venait de presque assomer le présumé coupable d’un triple meurtre. Alors ni une ni deux les idées fusent dans ma tête. J’avais la solution !
Alors qu’un des malfrats restés non loin des toilettes, où un de ses camarades tentait de soigner son pote, celui sur qui j’avais tiré pour protéger Danny, tire sur la patronne du Casa Nostra pour qu’elle se tienne tranquille, je jette discrètement mon flingue, en le faisant glisser au sol, à Alan Green. Ce dernier saisit mon Glock 17 et bute le malfrat. Comme ça il venait de laisser ses empreintes sur l’arme qui avait tué Mc Kain et s’il avait déjà tué deux flics avant, il ne ferait plus aucun doute maintenant qu’il était bien l’assassin du troisième également. J’étais presque tiré d’affaire, il ne me restait plus qu’à ne pas me faire tirer à mon tour. Alan Green se dirigea vers les toilettes et acheva le nettoyage des lieux avant de se faire à son tour buter par le dernier des cinq gars qui était resté en bas. Je l’avais d’ailleurs oublié celui là. Il ne restait plus que moi, la patronne et un preneur d’otage armé. Alors le preneur d’otage eut l’idée la plus stupide qui fût : Se faire tirer dessus ! Par Alan Green ! Pour faire comme s'il était une victime avant que les flics n’entrent ! Bon comme Alan était mort il a fallu l’aider un peu. Ce fut la dernière déflagration, la balle tirée à bout portant transperça la jambe du malfrat qui s’effondra. Vu l’hémorragie il venait de se sectionner l’artère et sa vie était maintenant fortement compromise. « Quelle bêtise » pensais-je. La patronne prit ses jambes à son cou et lorsqu’elle ouvrit la porte du bar pour fuir ce qui s’annonçait comme étant Le carnage de la soirée, le comité d’accueil lui offrit une gerbe. De plombs entendons-nous bien. Les flics étaient trop à cran pour tirer des fleurs, bien que parfois ce puisse être une bonne idée…
Finalement il ne restait dans le bar que moi. Si c’est pas beau ça ! Je m’en était sorti !
Les flics se sont quand même méfiés avant d’avoir la certitude que je faisais bien partie des victimes et ils m’ont alors emmené au poste pour prendre ma déposition. J’y suis resté quatre heures tout de même et j’ai bien sûr légèrement modifié le déroulement de la soirée afin de définitivement laver ma personne de tous soupçons. Dans l’histoire j’ai perdu mon Glock 17 et ça c’est certain c’est Danny qui va rembourser. Je vais le voir ce soir d’ailleurs, ce vaurien me doit au bas mot mille livres…

