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Où est la râpe à fromage chérie ?
Un texte de Wikipen.
- Distances de freinage inavouables, direction floue, dos-d’âne invincibles, l’utilitaire manque de s’avachir ; je l’ai chargé à mort.
- Se dessine enfin mon toit.
- J’actionne les portes coulissantes, leur vacarme glace d’effroi un matou venu humer la gomme en fusion.
- Quel chargement !
- Je retrousse mes manches sous les regards suspicieux des voisins.
- Mille allers-retours m’attendent entre la rue et le fond du garage.
- Cependant que j’inaugure ce va-et-vient, ma compagne laisse poindre son visage à travers la baie du salon.
- Au bout du huitième voyage, n’y tenant plus, elle surgit.
- — C’est quoi cette kyrielle de sacs poussiéreux, Équinoxe ?
- — Le ciment du couple, Grace.
- — Au fait, ça se passe comme tu veux au viaduc ?
- — On raccorde les deux tabliers la semaine prochaine. Pour l’instant, nos calculs s’avèrent exacts. Depuis que je suis conducteur de travaux, je n’avais jamais chapeauté d’aussi bons ouvriers.
- — Merci d’avoir lancé une machine pendant que j’étais en courses, je viens de vider le tambour.
- — De rien, chérie, la bonne souffre d’un lumbago et la panière était pleine.
- — Bonne initiative mais c’est un véritable carnage.
- — Je ne comprends pas, il me semble avoir fait le nécessaire.
- — Quelle température ?
- — Heu… soixante degrés, je crois, je voulais que ça lave bien.
- — Soixante degrés… avec les tee-shirts sombres des enfants et mes chemisiers ivoire ?
- — Oui, pourquoi ?
- — Trois étiquettes à lire et deux boutons à... mais regarde, regarde, je suis indulgente, non ?... je suis indul…
- — Pas facile, hein ?
- — Horrible.
- — Et encore, chérie, on a pris un exemple purement matériel.
- — Gare-toi, s’il te plaît.
- — Maintenant ?
- — Gare-toi, vite !
- — Tu ne peux pas attendre une aire ?
- — Ce n’est pas ce que tu penses.
- Tandis que je m’improvise chicane sur une route de montagne pour le moins étroite, mon épouse lunatique manque par deux fois de basculer dans le ravin.
- — Enfin, te voilà.
- — Je suis contente.
- — Ta portière est mal fermée.
- — Tu en fais une tête.
- — Ça doit être l’indulgence qui me défigure.
- — Regarde, je vais pouvoir compléter ma collection de fleurs séchées.
- — Vraiment, Grace, devenir veuf pour un pistil ménopausé et trois pétales diaphanes !…
- — Tu as tenu trente secondes, c’est bien déjà. Je n’y suis pas allé de main morte.
- — C’est vrai, tu as placé la barre un peu haut. Tu veux bien jeter un œil sur la carte, mon cœur, j’ignore s’il faut prendre à droite ou à gauche après le col Mao.
- — Cette inaptitude qu’ont les femmes à s’orienter sur le réseau, ce n’est pas une légende, mon trésor.
- — Un peu d’indulgence et tout va pour le mieux. Tiens, moi, par exemple, je ne sais jamais où se rangent les choses dans la cuisine. Ce matin, encore, je te demande : « Où est la râpe à fromage ? » Et, toi, tu me réponds : « À sa place ! » Bon, il n’y a pas de quoi se quereller.
- — Au fait, je voulais te dire, ma puce, ne cède pas systématiquement aux caprices gustatifs de Quentin.
- — Il me demande un croque-monsieur avant d’aller au collège, je lui fais.
- — Surveille son équilibre alimentaire, tout de même.
- — Et si on en faisait un deuxième ?
- — Là, maintenant ?
- — Dans une heure, il sera trop tard.
- — Bon.
- — C’est la première surprise-partie que Quentin organise et ses petits camarades ont répondu en nombre.
- — Effectivement, deux charlottes au chocolat, cela risque d’être un peu juste.

