On leur avait dit
Un texte de Wikipen.
On leur avait dit qu'avec la guerre la France allait tomber à l'ennemi.
Sans concession ils prirent la route et les armes pour notre pays.
Tirailleurs Sénégalais, Maliens et Ivoiriens avaient rejoint nos rangs.
C'était pour nous, pour l'amour de nos frères qu'avait coulé leur sang.
On leur avait dit qu'en récompense la France serait reconnaissante.
Qu'on serait généreux et qu'on ne les remercierait jamais assez.
Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on a fait si ce n'est de les abandonner ?
On les a oubliés, reniés et on a bafoué leurs espérances naissantes.
On leur avait dit que pour la reconstruction ils étaient les bienvenus.
La France c'était l'Éden. C'était pour tous un toit, à manger et un travail.
Ils sont venus d'Afrique en y croyant, coûte que coûte et vaille que vaille.
Quand ils sont arrivés ils se sont installés et les enfants sont venus.
Rêvant d'un avenir ils ont tout donné à la sueur de leur front.
On leur avait dit que la France c'était le paradis mais nul paradis.
Ils eurent vite compris en découvrant les cités, leurs maudits lieux de vie.
Et les enfants ont grandi dans cet univers avec pour éducation cet affront.
On leur avait dit que leurs parents n'étaient pas étrangers.
Porte close devant la discothèque, refusés à l'entrée.
Mais auraient-ils oublié que les murs de cette boîte de nuit,
C'était la première génération d'immigrés qui les avaient construits ?
On leur avait dit qu'à Bhopal il n'existait aucun risque ni danger.
Pas besoin de s'inquiéter il fallait juste travailler dur et être nombreux.
En 1984 ils étaient huit cent mille autour de l'usine d'Union Carbide.
Aux premières heures de ce trois décembre la cité était endormie.
Un nuage jaune pâle enveloppe les familles dans leurs bidonvilles.
On leur avait dit que pour l'argent il fallait développer l'industrie.
Pour l'argent et les profits ils sont morts dans d'atroces souffrances.
On les a oubliés, les Américains sont rentrés laissant l'Inde dans l'errance.
On leur avait dit qu'ils allaient les libérer et instaurer la démocratie.
Là où se trouvait un pays ils ont laissé un désert, un champ de ruines.
Au nom de quoi ils ont instauré leur nouveau code d'Hammourabi.
On leur avait dit qu'en Irak ils seraient heureux, ravis et épanouis.
Que les femmes sentiraient l'air et le vent agiter leurs cheveux ondulés.
Aujourd'hui, chaque jour une explosion et de nouveaux sans-abris.
On leur avait dit que les États-Unis étaient leur ami.
Ils ont pillé puis fui laissant derrière la haine et la barbarie.

