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Palais clandestin

Un texte de Wikipen.

        Sur sa peau, la mer a des rides, érotisme d'une baie. Ces bises que reçoivent mes joues sont celles du vent. Le plafond est l'œuvre d'Yves Klein. La flore se désaltère.
        Je suis tout à la cause de mon esquif encore en vrac lorsqu'elle foule l'immense pelouse avec un art consommé. Je ne vois qu'elle sur un fond neutre et ce brin d'apesanteur pour la maintenir.
        L'aborder, franchir la dimension de mon regard sur elle pour l'enceindre de ma voix, serait comme atteindre à la nage l'autre rive d'un fleuve en cru ; je suis tenu par le licou de la contemplation.
        Elle pioche dans un coffre, verse son attirail sur l’herbe et pose une boisson fraîche à l’ombre d’un papillon. D’un geste unique et sec, elle déroule une voile puis débute l’assemblage de son gréement. Elle est belle comme la croisée des continents, comme un accord de paix inviolable.
        Je n’ai jamais vu pareille géographie. Je dodeline sous les morsures de l’extase. Bien m’en prend, depuis toujours, de préférer les chemins vicinaux aux grandes artères. Elle semble si ravagée de quiétude, si funambule au-dessus de l’émeute, qu’avec chaque battement de son cœur je refais le monde. Son port de tête, régal de l’œil, sa retenue, merveille de style, son teint fruité de fille des îles qui vous dévore, ou la bulle intangible autour de son pré carré, tout est convergence dans le lit d’un breuvage ; et ce breuvage, inouï, flue à travers ma lymphe.
        Je suis enseveli par un volcan, rejets de chair et d'esprit ; pressez-vous donc archéologues ! Soyez plus prompts qu'après l'éruption du Vésuve...
        La voilà qui plante son gréement, le mien gît là en morceaux. Que puis-je faire d'autre sans notice que tenir une pinacothèque ? À chaque volée de ses gestes, je suis bon pour un nouveau vernissage.
        — S’il vous plaît, auriez-vous la gentillesse de m’aider ? Cet escalier est redoutable par grand vent et j’ai peur de faire une bêtise en descendant ma voile.
        L’être qui m’aborde est muni à hauteur du sternum d’avancées franches, divines, qu’un architecte voulût en dômes et de surcroît symétriques ; s’ajoutent une coiffe en torsades jusqu’aux reins, quelques mèches dans ses yeux grâce au vent, son regard à tout rompre et ce ventre…
        — Oui, bien sûr.
        Il est des requêtes totalement magnétiques. J’ai, malgré tout, tinté mon oui d’un large champ, de telle sorte que mon altruisme ne parût point se restreindre à une quelconque élite.
        — Merci, dit l’être aux sobres atours, ses hanches pour Berlioz et sa poitrine pour les peintres.
        Pareil choix me flatte lorsqu’un tour sur moi-même me fait constater l’absence de choix. Nous ne sommes que deux, pour l’heure, à fréquenter l’endroit. Je suis fier, pour autant, d’être ainsi promu ; me voilà sherpa à contresens.