Papiers volants
Un texte de Wikipen.
Silence. Le calme de l'aspiration est impressionnant. Nous sommes épuisés. Dans une large vague de papiers volants, je saisis au passage quelques images des étoiles. Ferait-il beau quelque part ? Les ermites sont entraînés à poser des questions latentes. Le module astringent du chou-fleur inaugural chevauche les aquarelles, négligeant d’enclencher la rougeur de son agressivité. Pour ce qui est de la tempête, nous verrons demain, rien ne presse. La musique des sphères déborde très légèrement des magnolias, mais ça n'empêche pas le sphinx de se précipiter au musée. Quelle que soit la version choisie, les gardiens vont avoir fort à faire avec les cordes et les tremplins. Je tente un rétablissement audacieux et je tombe longuement au fond du ravin.
- Je ne peux que te suivre. La fatigue nous entoure, et les gardiens nous surplombent d’en haut du ravin. Nous tentons d’apercevoir les cheveux herbacés qui seuls pourraient encore nous mettre à l’abri de vingt étagères volantes. Elles font loopings sur loopings et lâchent d’innombrables réverbères aux yeux globuleux. À l’intérieur de chacun d’eux une mouche lave la vaisselle. Je leur lance une poignée de poulpes audacieux qui sifflent la fin de la partie. Nous en profitons pour passer derrière un pilastre ombragé. C’est alors que nous reconnûmes le poivre pensant géant. Pas moyen de reculer. Nous étions déjà en son poivroir. Nos pensées éternuaient jusque sur les parois obscures. Un mouchoir en tissu nous narguait. Il était en congé durant cette période estivale. Il demandait du « Monsieur » ! Pas moyen de l’utiliser même en le soudoyant. De plus, il voulait que nous le voussoyions. Avec de telles exigences, il perdit toute odeur de sainteté. Nous lâchâmes alors nos pires questions eschatologiques dans sa direction, et celles métaphysiques vers le poivre pensant. L’explosion gronda jusque dans les profondeurs. Heureusement tu avais emporté avec toi ton trombone à coulisse pliable qui nous protégea d’une horrible névralgie. Alors, nous restâmes longtemps sur place, assis en tailleur.
Il faut être clair : j’emporte toujours mon trombone à coulisse pliable quand je pars en voyage. On sait jamais quand on pourra en avoir besoin. Et là, il s’est révélé particulièrement efficace. Je le lisse dans le sens du poil et je le replie soigneusement dans son étui en peau de léopard rasé. J’aime bien les mangoustes, les révélations et les asphodèles, et celles que l’on trouve au marché de Brive–la–Gaillarde sont incontestablement les meilleures. Nous nous sommes engagés dans le tunnel aux parois fluorescentes ; des gouttes d’eau tombent du plafond ; dans les vitrines, des momies nous examinent au passage. Il est parfois lassant de devoir toujours repartir, sur la pointe des pieds, sur la pointe des sourcils, dans le grand maëlstrom. Certains s’en accommodent, d’autres enferment leurs spirales dans la commode et ne respirent plus jusqu’à l’arrêt complet du véhicule. Vous savez quoi ? Vous me plaisez beaucoup quand vous souriez de cette manière.
- Il faut bien se décider à un moment ou à un autre. Certains me sourient, d'autres me narguent. Le groupe se scinde en deux. Les autres partent à pied, et nous, nous prenons un pseudo-car pour aller de l'autre côté de Montmartre. Les clients gueulent quand le chauffeur manœuvre pour descendre les escaliers pendant que les Vénézuéliens font des croquis. Je n'avais pas envie de payer ni de manger, j'ai rebroussé chemin sans eux. La pente est costaud. Heureusement, tout est très ombragé et humide par ici. Je saute de stalagmite blanche en stalagmite blanche. Je glisse souvent et perds parfois un membre. Bof. Les petits rires d'enfants dans mon dos sont assez pénibles. Finalement, une missive semble être arrivée et des femmes portant des sacs en papier kraft et des lunettes de soleil alpaguent le tout. Saletés.

