Patchwork amoureux
Un texte de Wikipen.
L'ombre d'un délire a plané sur un champ de neurones qui ne parlaient que de toi. Frais pâturage qui n'attendait que ta venue pour montrer ses plus beaux atours.
Des images d'elle, flots incessants, perdurant dans ma mémoire, par-delà le temps.
"Je n'ai jamais vu d'yeux aussi... séduisants."
Démonter ce raisonnement qui ferait résonner notre fibre sentimentale mais qu'un esprit raisonné ne pourrait accepter.
Peut-on se permettre, au sens du "dürfen" allemand, de ne plus privilégier la vérité humaine sur l'exactitude dans le domaine des sentiments ? Peut-on analyser froidement, de manière rigoriste, les paroles de l'être aimé.
Ne devons-nous pas, comme c'est d'ailleurs la loi commune, prendre les mots pour argent comptant et assumer ainsi le réel. Ne surtout pas tenter de comparer le réel avec le parfait.
Se rendre compte qu'il faut composer avec le réel en corrigeant l'idéal, s'affranchir ainsi des canons de la beauté ou autres. Est-ce vraiment déprimant d'agir ainsi ? Ne vaut-il mieux pas assumer un vécu somme toute rendu agréable par la présence de l'Autre que d'aigrir un futur impossible. Impression souveraine de faire une B.A en s'"abaissant" à aller avec le réel.
Satisfaire son orgueil tout en le rabrouant...
Serrer un annuaire dans ses doigts et, de ce contact primaire, rencontrer tous les gens, leur dire que la solitude ne mène à rien, ou, plutôt, qu'à partir du moment où l'on en sort, on va quelque part. Monde privé avec ses propres Lois, ses propres limitations : Tu exagères ! Mets-y du tien !
Guerre de compromis. Interactions nécessaires pour ne pas mourir.
Gribouillis illisibles. Main tremblante d'émotion qui torture l'écriture ou volonté délibérée de mal écrire. Cacher son message, tenter de le rendre plus discret et, par là-même, décourager le lecteur distrait. Être sûr d'atteindre sa cible, la vraie, celle par qui le message sera réellement capté.
Écrire mal pour cacher ce que l'on écrit. Se libérer tout en se rétractant derrière la barrière de l'écriture. Écriture exutoire.
Rencontre riche. Découvrir un autre être. Jeux de séduction. Status quo pour préserver l'illusion de la Rencontre et pouvoir continuer à vivre avec cette matière à rêves qu'une tentative d'aller plus loin aurait irrémédiablement brisé. Fragile équilibre.
Il eut suffi de presque rien. D'un peu d'énervement, un verre d'alcool peut-être pour franchir le pas. Dépasser cette crainte du vide derrière le rêve. Réalité désolante opposée à des visions oniriques. Se dire que le rêve n'est pas la vie. Chrysalide dans son cocon qui refuserait l'évolution.
- Il doit rester.
- Il doit partir.
- Il doit rester.
- Il doit la rejoindre.
- Il... Hein !
Elle leva lentement la tête, les yeux embués de larmes. Essuyant, d'un revers rageur de la main, les traces de son chagrin, elle se précipita vers la porte, lui ôtant toute possibilité de fuite. Elle allait le questionner lorsqu'elle remarqua son regard las.
Que sera demain si les objets de tant d'amour ne répondent pas au courrier ?
Épuiser son amour à trop vouloir dire "je t'aime".
- Tu ne m'aimes pas !
- C'est faux ! Pourquoi tu dis ça ?
- Tu dis jamais que tu m'aimes !
- S'il fallait toujours dire ce que l'on pense...
Où est la vérité? Faut-il la dire? Avouer les moments de doute où, pour une vision fugitive, on a le sentiment de ne plus aimer, n'est-ce pas reporter sur l'autre son humanité et ses faiblesses? En se dédouanant de tout mensonge, on se mettrait à l'abri de tout reproche, de toute dispute?
Tu vois, je ne t'aime pas complètement mais toi tu m'aimes absolument, à chaque seconde de ta vie. Mais moi, je ne suis pas comme cela ; j'ai des moments de doute, je m'interroge. Plus loin encore, mon Amour n'est pas définitif, inébranlable ; tu dois, chaque jour, réfléchir au moyen de le maintenir.
Dans le miroir des conversations, je me suis sentie soudain étrangère.
Événement discret, survenu à un instant précis - ou continu - lente et progressive détérioration d'une situation conflictuelle. Sensation d'une cassure s'élargissant. Fissure devenue crevasse.
Une rupture ne laisse jamais rien intact.
Nul doute qu'un jour on jugera mes actes. Je vivais avec une femme qui m'aimait. Je l'aimais sans doute aussi. Mais je l'ai quittée parce que j'en avais envie.
Ruelle luisante de pluie. Un lampadaire distille une lumière blafarde. Des pas rapides résonnent sur le pavé. Elle se réfugie dans l'obscurité réconfortante de la pièce. Mais les pas s'éloignent déjà et leur écho se perd.
Elle le sait maintenant. Il ne viendra plus.
Ivresse-abandon. Break dans un flot de confusion. Moment salutaire pour faire le point. Tirez vingt centimètres d'amour-propre.
Objectif raté. Incertitudes transformées en d'autres, plus cruelles encore.
Oser encore se regarder dans la glace et puis, assumer ses décisions.
Valse-hésitation. Tu m'as offert ton corps un soir d'hiver. Les sens tendus vers d'autres formes, d'autres recoins, je n'y ai pas prêté attention.
Revenu depuis peu de cet espoir insensé, j'aspire à retrouver cet instant hivernal pour réchauffer mon cœur à la blancheur de ta peau.
Clamer je t'aime pour un peu de chaleur humaine, mentir pour ne pas rester seul avec ses angoisses.

