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Pistache cacahouète

Un texte de Wikipen.

Raymonde est une belle plante dans son village, elle aime regarder par le biais de sa fenêtre les voisins et les voitures qui passent, cachée derrière les rideaux. Le matin elle arrose ses géraniums, le sourire au visage car Raymond de Saint-Puis du Laudanais, va lui faire la cour aujourd'hui.
Raymond est le cheval du pays voisin de Raymonde. C'est son jour de repos le lundi, on a pas besoin de lui au haras, alors il va voir Raymonde. Malheureusement il y a un bouchon sur la route ; un poids lourd s'est renversé sur la route. Et Raymonde qui ne voit guère de voitures s'inquiète. Elle se dit : « Pourquoi personne ne passe ? Pourquoi Raymond n'est-il pas encore là ? Il a dû arriver un accident ». Effectivement, un poids lourd s'est renversé. Les boxeurs quand ça tombe ça fait des dégâts, qui plus est les poids lourds. Avec 125 livres sur une chaussée, impossible de pratiquer la route.
Ce boxeur, Roger, est un ancien poids lourd. En fait il ne boxe plus, sauf sa femme, quand il rentre saoul le midi. Sa femme qui travaille à l'usine et qui doit nourrir toute la famille. Ou plutôt le foyer, car ils ne sont plus que deux. Leur fils est parti en Guadeloupe. Il y a trois ans, tous les trois sont allés rendre visite à Raymonde (une autre que l'amie de Raymond dont nous parlions à l'instant). Raymonde est une jolie brune, qui fait des patchworks et de la broderie dans une maison de retraite de la région de Palavas. Raymonde, c'est la mère de Roger, et la grand-mère de Martin, et la belle-mère de Raymonde (la femme à Roger, qui travaille dans l'usine de vélos). Ils avaient bien ris cette année là, car Raymonde était devenue folle, et courait partout dans l'hospice en criant « J'ai la gangrène ! J'ai la gangrène ! et pis j'ai mangé un chêne avec mon poussin Albert ! ». Tout le monde disait qu'elle était folle, et c'est ce qui faisait bien rire nos trois compères. En effet, Poussin Albert était le nom de sa scie à métaux, et un jour Raymonde avait bel et bien coupé un chêne avec Poussin Albert sa scie à métaux, pour le manger ensuite et paraître au livre des records. Quant à la gangrène, le médecin était déjà au courant. En fait, là où on voyait la folie progresser, c'est dans le fait de crier ; toute sa vie elle avait refusé de parler, tout le monde la croyait muette. Le fait de crier comme cela partout et encore réjouissait la petite famille, car peu de fois on avait pu entendre le timbre de sa voix.