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Problème de conception

Un texte de Wikipen.

Les lignes jadis épurées avaient subit l’érosion et c’est pourquoi elles n’attiraient en rien l’œil profane. L’intérêt était ici absent, je m’y étais d’ailleurs retrouvé par hasard au détour d’un sentier moribond bordé d’herbes lames. Apparemment, il n’y avait ici que le goût de la mort et l’odeur du soufre. Bientôt mes confrères me rejoindront mais je m’avance peut-être un peu trop. Mieux vaut un espoir famélique qu’une certitude obèse et après tout les singes savants sont aussi malins que les savants singeant les prophètes ancestraux. La roue tourne et les événements se reproduisent à l’identique de manière cyclique. Seuls les contextes changent. De pas grand-chose. Ici un cahot de plus dans la cohue et là au milieu de notre grand tohu-bohu le totem s’est fait tirer les traits. À part ça rien de nouveau sous le soleil si ce n’est cette chaleur accablante.

Le point de fuite n’est pas facile à cerner. Les branches se meuvent doucement et le sol est meuble. J’imagine que perché sur le rocher en surplomb je bénéficierai d’une posture favorisant grandement la contemplation. Ce serait encore plus flagrant si je pouvais me fondre dans la roche, et puis cela m’épargnerait une ascension risquée et difficile. Je pèse le pour et le contre. Saviez-vous que la balance est d’autant plus précise que ses bras sont longs ? En fait ce n’est pas vraiment si facile, il existe des proportions idéales et le plus grand n’est pas synonyme du plus précis. Il en va de même pour tous les instruments de mesure et l’environnement fait toujours office de limite.

Les couleurs sont changeantes. C’est à cause du vent et aussi de la cascade qui charge d’embruns minéraux l’atmosphère environnante. Le vert n’a plus de raison d’être ni même le bleu. Ils se mêlent et se repoussent comme des époux qui se connaissent trop bien et qui furent surtout trop fidèles. Point de rancœur ni d’amour. Tout ça est ici dépassé. Lorsqu’on ne forme plus qu’un, le danger est d’oublier la multiplicité et vice-versa. Il n’est pas plus risqué de se faire confiance que l’un de l’autre se méfier, c’est une question de bien-être qui se ressent et dont la réponse ne devrait pas, par des mots, être exprimée.

Les textures appellent à l’humilité. La peur de la mort a tout intérêt à être cultivée. J’entends pour la société car il n’existe rien de pire pour elle qu’une armée de téméraires ignorant les conséquences les plus fatales. Faire régner la peur est en quelque sorte une assurance pour le pouvoir. L’assurance de continuer à soi-même régner et d’allégrement des autres profiter. Redoutez ce gris mal dégrossi à la brosse en soie de porc nous dit-on… Sécurité pour les quelques touches de vert de vessie délicatement mises en forme à la brosse en poil de martre… Le système de castes collerait presque à la peau du jaune indien… Cet apprentissage oublie-t-il volontairement que rien n’a de sens sans son complément ?

Le vernis est satiné. Par endroits légèrement craquelé. C’est le problème lorsqu’il est passé à la bombe. Ce n’est pas très fin ni durable mais c’est rapide. Il faut aller vite de nos jours pour ne pas se faire diluer. C’est que l’identité individuelle demeure forte et il ne faudrait pas envisager d’en faire un glacis ou pire, un lavis ! J’imagine pourtant que ce serait joli et harmonieux…

Il ne manque rien ici. Au contraire c’est trop. Trop surchargé, trop beau, trop confus, trop voluptueux, trop petit… C’est principalement cela qui donne cette impression de compression à la César. On s’étouffe et on s’essouffle, lentement pour avoir le temps de s’y habituer. Le cadre qui viendra bientôt nous cerner bornera-t-il définitivement cette contingence étriquée ?