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Qu'est-ce que tu deviens ?

Un texte de Wikipen.

— Salut ! Alors ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas vus, qu'est-ce que tu deviens ?

Je sais pas, je sais pas trop. Envie de rester planquée et envie de te retrouver. Pas trop envie de partager, là, de toutes façons, j'ai rien à raconter et pourtant un grand besoin de vivre ! Et pourquoi pas avec toi... mais toi, qu'est-ce que tu deviens ?

Rien.

Rien, toujours le même mot qui revient dans la bouche de ceux que je croise. On était amis d'enfance, on s'était jurés de ne jamais s'oublier. Tu te souviens, on est des vieux de la vieille, des anciens. On s'était promis de jamais se perdre de vue.

— Oui je sais on avait des projets pour l'avenir mais tu sais la vie fait qu'on ne peut pas toujours les tenir !

— Toujours à traîner alors, galérer avec la P.A.F et ta mère signe toujours d'une croix les formulaires de la C.A.F ?

— Ouais, tu te souviens c'est comme avant, toujours à squatter, le jour sur les bancs et la nuit passée à errer sans but.

— Ah ouais ! Comme quand nous faisions nos rondes. Et David tu as des nouvelles, qu'est-ce qu'il devient ?

— Pas de nouvelles depuis trop longtemps, il était submergé par de grosses dettes et sur sa réussite j'ai de gros doutes.

Qu'est-ce que tu deviens ?
Toujours le même mot qui revient, rien... Trop d'amis perdus, trop de potes en galère, vies de chiens !

Téléphone

driiinggg, driiinggg

— Ouais allo !

— Allo, Tess ?

— Ouais !

— C'est Leth, comment ça va ?

— Woua, bien et toi ? Ça faisait un bail.

— Ouais tu m'étonnes. J'ai vu à la télé et dans les journaux là, t'as bien réussi à ce que je vois.

— Ça va, fini la blanche, les ennuis et tout ça. Je me suis mis à l'ombre maintenant fini les conneries. Je me balade à travers le monde, l'hiver, pour le ski en Autriche, l'été, pour le soleil à Miami Beach...

— C'est bien je suis content pour toi. Tu dois avoir les moyens alors, toi qui parlais toujours des trucs de luxe...

— Ouais maintenant je roule en Jaguar, j'ai trois villas, un yacht et pas le temps d'avoir le cafard. Et toi alors, toujours autant de succès, je me souviens t'avais la côte auprès des minettes, les potes t'enviaient et moi je me disais que je ne t'intéressait pas... Ça va la vie quand même rassure-moi ?

— Hum, tu sais, tu roules en Jaguar et nous ce qu'on roule ici c'est le pétard. Pas de chichis c'est comme ça, t'en fais pas. J'ai pas laissé tomber la blanche, j'ai toujours envie d'une vie de pacha, je veux être riche tu vois. Pas question pour moi de transpirer pour des bakchichs. Le midi on va manger un kebab, aujourd'hui sans oignons pour changer un peu... Et toi les palaces et tout ça raconte-moi.

— Là je suis dans les îles au sud de la Méditerannée, mais parle-moi de toi cela fait tant d'années...

— Qu'est-ce que tu veux que je te dise, nos vies se sont éloignées, je vais pas te ramener dans la cité. Tu sais on aspire tous à une vie meilleure mais dans le fond on a vraiment pas à se plaindre quand tu vois les horreurs que l'humanité diffuse dans l'atmosphère...

— Tu n'as pas changé hein ? Toujours aussi rebelle contre Babylone, c'est pour cela que je t'aimais.

— On s'est manqué, à cause de mes conneries et toi tu brillais dans mon obscurité, je n'ai pas su ouvrir les yeux assez tôt.

— Et moi je faisais tout pour t'imposer mon point de vue, j'avais peut-être envie de trop, tout de suite.

— T'es comme ça, cela fait ton charme et puis regarde pour toi tout s'est bien passé...