Qui dort, dîne
Un texte de Wikipen.
Les fées sont diffamées
Par les ogres affamés
Qui font ripaille à table
De leurs contes et fables
Les légendes sur lais de papier sont difficiles à maroufler
Lorsque les mains sont menottées et mouflées
S’affubler de fabuleux colifichets
À l’heure où les rêves sont affranchis
Et les oniriques colis fichés
C’est déjà un cap de franchit
Triez, rangez, acheminez tous les méfaits
Faut que ça rentre dans les cases prévues à cet effet
Dès la naissance bientôt étiquetés
Comme un gigot chez le boucher
Origine, type et race gravés
Dans un circuit imprimé
Ce n’est bien sûr qu’une mesure pour la traçabilité
Des informations réservées aux ogres habilités
Le dernier espace de liberté sera la pensée
Mais si de dissidence vous êtes soupçonnés
On trouvera bien un moyen de vous espionner
J’ignore qui ramassera tous les morceaux de rêves brisés
Faudra bien faire le ménage dans le monde ordonné
D’un coup de fouet le hasard sera dompté
Il sera intolérable de ne pas prévoir la fatalité
Murphy est le prophète il avait dit que ça arriverait
Vous ne l’avez pas écouté il faut vous condamner
Rien ne vaut une sorcière sur un bûcher
Pour que le peuple soit réconforté
Deux mille ans que c’est ainsi
De Babylone au Raincy
Pourquoi changer une équipe qui gagne ?
Depuis l’obsolescence du gourdin et du pagne
On a rien trouvé de mieux que le bagne
Le pain, le vin et le mât de cocagne.
Qui dort dîne dit l’adage
Tans pis si la faim fait des ravages
Seul compte que les ogres se sustentent
Et puisse juger les autres en dilettantes
Les fées seront bientôt enterrées
Les rêves tôt ou tard censurés
Les légendes broyées et compostées
Les jeux sont fait, les billets compostés
Rien ne va plus…

