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Racines imaginaires

Un texte de Wikipen.

L'amour est un polynôme du second degré à discriminant négatif. J'ai murmuré cette phrase près de son oreille. Je sens qu'elle bouge sous la couette. Dans la pénombre, je crois deviner ses yeux briller d'étonnement. Elle soupire, va parler mais je la bâillonne d'une main et puis l'embrasse sur le front.

- Bonne nuit, mon amour.
- Bonne nuit. À…
- Bientôt ?
- Oui. Pense à moi !


La porte se referme, tristement, derrière moi. Je ne la reverrai que demain soir, à la rigueur demain midi. Mais, en fait, ce sera peut-être après-demain. Je ne sais pas. Elle non plus, d'ailleurs.

Arrivé chez moi, je me déshabille prestement et me glisse sous la couette. C'est la même housse que chez elle. Avant d'éteindre la lumière, je règle mon réveil. Harassé, je m'endors rapidement.

Le réveil tout juste désamorcé, je vais allumer la cafetière. Lorsque j'aurais fini ma toilette, le thé sera infusé. En fait, ma cafetière ne me sert jamais pour faire du café. Chez moi, je ne bois que du thé. Elle adore le café mais nous n'en buvons que chez elle.

Les tartines rapidement beurrées puis avalées, je quitte l'appartement. En passant devant sa porte, j'ai un léger serrement de cœur. Mais, elle se lève plus tard. Hier soir, après mon départ, elle a dû attraper un bouquin et lire jusque vers deux-trois heures du matin. En ce moment, je crois qu'elle lit un bouquin d'Yves Simon. Tout à l'heure, elle ira voir ses élèves au lycée. À midi, elle ira déjeuner avec ses collègues à la cantine. À moins que, après le dernier cours de la matinée, elle m'appelle au bureau pour aller manger quelque part en ville, dans une pizzeria ou dans une cafétéria.