Rencontre avec l'Ankou

Un texte de Wikipen.

Voudrez-vous me croire ? Croire ce que j’ai vu ? Je vous préviens ce récit n’est pas une farce. Voici ce qui s’est passé le 4 juillet 1847 :

En cette nuit le noir régnait, un noir profond. C’était une nuit sans étoile, seule la pleine lune me permettait de distinguer à peine la petite route de campagne que j’empruntais. Il était une heure, tout au plus une heure et demie. Je n’aimais pas la nuit et je l’aime encore moins depuis. J’aperçus au loin une charrette certainement conduite par une fermière.

En voyant cette charrette, j’eu un malaise. C’était bête mais pourtant… j’accélérai. Une inquiétude irrationnelle naquit en moi. En effet à mesure que cette maudite charrette se rapprochait j’avais dans la peau des tressaillements et quand je pus la voir, je me rendis compte que cette peur n’était dûe qu’à mon imagination fertile : il n’y avait qu’une fermière, une simple fermière sur sa charrette avec pour attelage que deux petits chevaux de paysans. Pourtant, pendant ce court instant je ne fus pas rassuré.

Soudain il surgit. L’Ankou, la mort celte. Oh ! Je frémis. Ses horribles chevaux noirs et sans yeux me paniquaient. Ils avaient une carrure imposante : je me sentis ridicule face à ces colosses équestres. Crinières flamboyantes, cambrements accompagnés de puissants hennissements, tout en eux dégageait la puissance et la virilité. Puis leur maître me scruta depuis sa charrette. Cet horrible squelette me glaça le sang. Sa faux était tranchante comme une guillotine et pourtant fine comme une brindille d’herbe.

Oh ! Mon Dieu, me dis-je instinctivement. Cela ne pouvait être une simple hallucination : il était devant moi, je pouvais voir sur son arme étincelante les reflets de la pleine lune. Subitement il décida d’éclater de rire, d’un aigu rire sarcastique, c’était terrifiant. Je fus tétanisé. Au vu des circonstances les poignées de secondes suivantes m'apparurent comme des heures. De ce temps figé il ne me reste qu’une image aussi nette et précise qu’une photographie. Surréaliste vision d’un être dont la ligne svelte, la masse informe et la note noire mat frappent d’un puissant contraste face à des étalons d’un noir brillant tout aussi irréel.

Et puis… plus rien ! La plaine était devenue marais, j’étais immergé dans une étrange brume si épaisse que la lune n’était plus visible. Cette substance se retira rapidement, presque instantanément sans que la moindre présence de vent ne se fasse sentir. Mon esprit confus et paniqué par la vue de la mort devint stupéfait et pris d’hystérie à celle de la route. Plus rien n’était. Aucun squelette, pas même une trace des roues de la charrette. Je m’enfuis pensant être fou. Ainsi l’Ankou disparaît aussi subitement qu’il surgit.

Aujourd’hui, pour moi ceci n’est plus qu’un mauvais rêve, un tour de mon imagination, mais qui sait ?