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Rituel des marées

Un texte de Wikipen.

Au dernier rond-point vers le continent, Beauvoir sur Mer et les grandes plages de sable blond de Saint Jean de Monts, j'ai pris la direction du Gois. Je croisai une longue file de voitures. Aux fenêtres des portières s'affichaient la mine enjouée des pêcheurs à pied : ils s'en revenaient d'heures de labeur dans le sable, dans les trous d'eau laissés par la mer.

Avant de m'engager sur la chaussée pavée, j'ai jeté un dernier regard au panneau indiquant l'heure de la marée basse. Je resserrais mes cale-pieds et m'engageais sur les pavés. Le flot des voitures en sens inverse se poursuivait encore. Elles abandonnaient le sable et retrouvaient la dureté rassurante de la route. Au premier refuge, le vide se fit sur le sable, les pêcheurs étaient partis, les curieux aussi. Je luttais contre un vent légèrement défavorable.

A droite, l'arche gracieuse du pont vers Fromentine, l'eau scintillait sous le soleil. Le coefficient de la marée était faible. Poursuivant ma route, j'aperçus de nouveau quelques voitures quittant le sable, là-bas, après le troisième refuge. Le vent se leva alors que je passais devant. Les coups de pédale se faisaient plus fermes, mes cuisses se ressentaient des kilomètres faits le matin. Un coup d'œil vers le sable me renseigna sur l'avancée de l'eau : les scintillements se faisaient beaucoup plus proches maintenant. J'ajustai mes lunettes pour me protéger des reflets sur l'eau. Devant moi, à quelques centaines de mètres, les pare-brise des voitures garées sur la terre ferme brillaient de mille feux.

En doublant les retardataires, occupés à remonter dans leur voiture, je me mis en danseuse pour relancer la machine. Nous ne croisions plus personne. Le Gois allait bientôt se refermer. Avec l'arrivée de la mer, les mouettes se rapprochaient dans le ciel et accompagnaient mon parcours de leurs cris. Des touristes se promenaient à l'entrée de la chaussée, jetant des regards interrogateurs vers le sable. Quand mes roues atteignirent la terre ferme, je m'arrêtai au bord de la route et m'assis sur un rocher face à l'île.

Dans la lumière de cette fin d'après-midi, je méditais au rituel des marées en observant l'inexorable montée des flots. Lorsque l'eau commença à lécher les pierres bordant la chaussée, je me relevai et me remis en selle.

Je pris la route des marais pour revenir au camping. Demain, je prendrai le bateau pour l’île d’Yeu avec ma bicyclette.