- — Auriez-vous une glace, je vous prie ?
- — Oui, quels parfums ?
- — Ne me poussez pas à bout, monsieur.
- — Je...
- — Une glace dans laquelle on se voit.
- — Je comprends mieux.
- — Merci d'entamer vos recherches au plus vite, de votre diligence dépend le cachet.
- — Je n'ai rien d'un artiste.
- — Détrompez-vous, tenancier, la somme de vos actes, leurs vertus, participe au tableau, son cachet.
- — Voici votre glace.
- — Trop petite, voyons !
- — N'allez pas me gourmander, je fais de mon mieux.
- — Vos rétributions s'amenuisent, monsieur.
- — J'ai ce qu'il vous faut.
- — Enfin !
- — Aidez-moi, je vous prie, l'objet en impose et accuse son poids.
- — Fantastique miroir, de la belle ouvrage.
- — Je l'emballe ?
- — Inutile.
- — Vous brûlez d'en jouir.
- — On ne peut rien vous cacher.
- — Est-ce pour la jeune femme à deux pas, dont on distingue l'épine dorsale, et, qui, jusqu'à plus ample informé, vous illumine ?
- — Oui, je souhaite lui dire combien les mots s'affairent, et par quel chemin, tandis que l'horizon en sème, minutieux. Avec cette glace, je voudrais qu'elle comprenne ce pour quoi ils m'assaillent.
- — Allez-vous donc conduire ce miroir, que dis-je, en traîner l'ossature vu sa masse, à la veille de son reflet ?
- — Parfaitement !
- — L'image que vous avez d'elle, monsieur, sachez-le bien avant d'agir, diffère de celle qu'un autre lui renvoie, c'est probable, et s'écarte, plus encore, de son reflet lorsqu'elle se voit. La dissemblance ne vient pas tant des lois propres à l'objet — il n'y a que les autres pour nous voir à l'endroit — que du spectacle imposé par notre âme : l'on dit parfois de deux êtres qu'ils se ressemblent trait pour trait, alors qu'un seul, déjà, devant sa glace, est tantôt roi, tantôt rien, puisque rarement lui-même.
- — Doucement, doucement !... j'ai mal au QI à force.
- — Je voulais me rendre utile.
- — C'est abominable comme vous compliquez les choses.
- — Vraiment ?
- — Je vais porter le miroir à sa hauteur, elle s'y verra et je lui dirai...
- — Vous avez la tête dure !
- — Je l'ai inventée de toutes pièces.
- — Cette femme ?
- — Non, votre langue.
- — Ah !
- — Vous faites moins le malin.
- — Pardon ?
- — Un clic et vous disparaissez.
- — Un clic ?...
- — Un coup de gomme si vous préférez.
- — Je vois.
- — Je vous dois combien ?
- — C'est pour moi.
- — En quel honneur ?
- — Vous avez beaucoup consommé tous les deux.
- — La canicule aidant.
- — Oui, cette année, dites-moi.
- — Merci.
- — Attention ! votre glace.
- — Ouf !... il était temps.
- — Tenez-la droite, elle coule.
- — Effectivement, c’est préférable.
- — À bientôt.
- — Sans doute.
- — Tenez-moi au parfum.
- — Je vous garde un reflet.
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