Somnambule sur un fil
Un texte de Wikipen.
Chausson sur la poutre, contre-ut sur les lèvres, mot sur le bout de la langue, la tension vers la perfection nous use, nous tient en vie et nous tire vers l'impossible idéal que bêtement nous tentons de satisfaire. Inatteignable rêverie, que l'éveil efface aussitôt de la conscience, sa nature est d'échapper, de servir d'appât obsessionnel, de nous montrer toujours la "carotte" qui fait avancer les ânes, nous distraire de la mort. Relire Pascal Quignard.
- La rengaine des identités successives de notre vie unique, comme les mille pas, soubresauts, arrêts et oscillations sur la ligne du temps, prend son sens dans l'illusion de la rectitude, de la transmission, de la permanence de l'être. La lutte pour devenir humains, ou tout au moins la conquête de l'humanité, comme une spirale, repasse sans cesse devant cette ligne blanche sur le radar de la perception de l'espèce. Relire Artur Koestler.
- Somnambule-moi, rends-moi le loisir de me parler de rien, de sombrer hors de l'ego, dans les limbes ouateuses du non-dit, de l'informulé, de nourrir de fantasmes le poisson rouge de mon monologue intérieur. Solitaire dans la bulle de lumière crue d'une gamelle blanche accrochée au-dessus de la piste soudain noire, j'oublierai les yeux braqués, les souffles suspendus, les frissons. Je suspendrai ma vie au présent.

