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Splendeurs décrépies

Un texte de Wikipen.

On fait par-ci par-là, en plein et en délié suivant les décrets en bonne et due forme que l’intelligentsia a concoctés. Trois étoiles au Michelin en guise de CV. Cuisine élaborée ; caviar en mousse aérée, soufflé en gelée, tomates mozzarella en tube à essai, sauté de porc halal en seringue à s’injecter…
On décide, de-ci de-là, pour l’humanité avec bonté et mansuétude suivant les bonnes mœurs héritées, c’est l’habitude. Des curés violent des enfants qu’ils sont censés protéger, un pour tous et tous sur un, c’est la curée. Atavismes sur plan d’épargne à la banque bien protégés, trois et demi pour cent et des arriérés.
On vote pour ci, pour ça, isolé pour le spectacle. Le protocole des idoles a commencé, c’est soi-disant satisfait ou remboursé. Réellement on s’est fait entuber pour ne pas mourir asphyxié. On demandera une péridurale à la prochaine opération séduction. On accouchera dans l’eau et on jettera bébé avec l’eau du bain moussant aromatisé à l’huile d’Argan. C’est bon pour le poil, ça fait briller. Un gommage facial et tout sera oublié.
On réforme les institutions en remerciant les instituteurs. Entre cure d’amaigrissement et footing télévisé. Régimes dissociés et diktat réunifiés. La république n’est ni pute ni soumise qu’on se le dise. Marianne n’est plus qu’une feuille de choux, sans bonnet phrygien ni graines à semer. La garde erre d’assauts en retraites anticipées. Bouygues s’en frotte les mains et Bolloré ouvrirait bien une nouvelle usine OCB à Nosy Bé.
On utilise la peur et la haine, la fin justifie les moyens. Métal en fusion et gens décédés, Pompéi dans tous les pays on s’en lave les mains comme de l’an quarante. Soufflez les bougies et applaudissez c’est l’anniversaire du petit dernier. Canard au sang et fromage de chèvre cendré. Un petit vin jaune pour tout faire passer.
On a raison et il faut l’exprimer. On a tout compris ça s’appelle l’humilité. Du p’tit déj’ au dîner, boissons locales à volonté. Prise en charge totale et service après-vente assuré. Suffit d’appeler un numéro surtaxé. On regarde la télé pour se cultiver, se tenir informé et critiquer tout ce que l’on ne fait pas soi-même par pure incapacité. Ainsi rasséréné, on peut continuer de se moquer du reflet dans le miroir.
C’est un joyeux non-anniversaire à qui ?
À moi !
Moi je
On a raison, au cas où mieux vaut doubler la marque pronominale de sa personnalité. C’est qu’il est dur de se faire entendre au milieu des explosions et des cris. Encore plus dur est de se faire comprendre dans les mêmes conditions.
On émet des idées qu’on s’empresse de breveter. On cherche à créer des Epeios génétiquement modifiés pour surveiller l’esprit des futurs clients abonnés. Seules quelques exégèses implicites et sibyllines risquent de demeurer détaxées.
On a raison et il faut l’exprimer encore une fois. Ce n’est toujours pas rentré dans vos petites têtes d’écervelés. Ça y est ? Taisez-vous donc que l'on puisse respirer.
On vend des tas de trucs pour faire du blé. Des étages d’immeubles inutilisés pour que les voisins puissent dépasser les normes autorisées, des émissions de CO2 économisées pour que les pollueurs continuent leurs exploits démesurés, du matériel virtuel, des épées magiques aux héros de jeu en ligne pour PC, gloire fictive assurée... Tout se marchande et se chiffre, l’art n’est pas épargné. Ce bout de papier chiffonné, jusqu’à présent ignoré, vient de multiplier par cent millions sa valeur ; on vient de se rendre compte qu’il est signé Mickey l’Ange !