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Subversion de poèmes
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Sommaire |
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Contre-pieds & pour-mains
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Chanson d'automne, Verlaine
- Les sanglots longs
- Des violons
- De l'automne
- Blessent mon cœur
- D'une langueur
- Monotone.
- Tout suffocant
- et blême, quand
- Sonne l'heure,
- Je me souviens
- Des jours anciens
- Et je pleure.
- Et je m'en vais
- Au vent mauvais
- Qui m'emporte,
- De ça, de là,
- Pareil à la
- Feuille morte.
- Discours de printemps, Blecoton
- Les rires brefs
- Des clarinettes
- Du printemps
- Soignent ma raison
- D'une ardeur
- Bigarrée.
- Tout épanoui
- Et bronzé,
- De temps à autre,
- J'oublie
- Les nuits nouvelles
- Et je ris.
- Et je reviens
- D'un bon coup de rame
- Pour me retrouver
- Ici et maintenant,
- Pareil à la
- Fleur éclose.
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Un grand sommeil noir, Verlaine
- Un grand sommeil noir
- Tombe sur ma vie
- Dormez tout espoir,
- Dormez toute envie.
- Je ne vois plus rien,
- Je perds la mémoire
- Du mal et du bien
- O la triste histoire !
- Je suis un berceau
- Qu'une main balance
- Au-dessus d'un caveau
- Silence ! Silence !
- Un petit réveil blanc, Blecoton
- Un petit réveil blanc
- Bondit dans ma vie :
- Veillez toute crainte,
- Veillez toute répulsion.
- Je revois tout,
- Je retrouve le concept
- Du vrai et du faux :
- Ah, le gai savoir !
- Je suis une cave à vins
- Que des mains éparpillent
- Au-dessus d'une estrade
- Chantez ! Dansez !
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La Cigale et la Fourmi, La Fontaine
- La Cigale, ayant chanté
- Tout l'été,
- Se trouva fort dépourvue
- Quand la bise fut venue
- Pas un seul petit morceau
- De mouche ou de vermisseau.
- Elle alla crier famine
- Chez la Fourmi sa voisine,
- La priant de lui prêter
- Quelque grain pour subsister
- Jusqu'à la saison nouvelle.
- Je vous paierai, lui dit-elle,
- Avant l'oût, foi d'animal,
- Intérêt et principal.
- La Fourmi n'est pas prêteuse
- C'est là son moindre défaut.
- Que faisiez-vous au temps chaud ?
- Dit-elle à cette emprunteuse.
- — Nuit et jour à tout venant
- Je chantais, ne vous déplaise.
- — Vous chantiez ? j'en suis fort aise
- Eh bien ! dansez maintenant.
- La Fourmi et la Cigale, Le Vortex
- La Fourmi, ayant chassé
- Tout l'hiver,
- Se trouva fort pourvue
- Quand le zéphyr fut venu :
- Des monticules d'éléphants et de baleines.
- Devenue obèse, elle alla consulter la Cigale,
- La priant de lui ôter quelque kilos de cellulite pour se pavaner sur la plage à la saison prochaine.
- Je paie comptant, lui dit-elle,
- Et veux un rendez-vous avant d'avoir une crise de foie.
- La Cigale est généreuse :
- C'est là sa plus grande qualité.
- Que ferez-vous l'hiver prochain ?
- Dit-elle à cette malheureuse.
- — Matin, midi et soir et entre les repas,
- Je mangerai, hélas.
- — Vous mangerez ? oh, prenez un siège :
- Racontez-moi tout ça...
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La Marseillaise, Rouget de l'Isle
- Allons ! Enfants de la Patrie !
- Le jour de gloire est arrivé !
- Contre nous de la tyrannie,
- L'étendard sanglant est levé ! (bis)
- Entendez-vous dans les campagnes
- Mugir ces féroces soldats ?
- Ils viennent jusque dans vos bras
- Égorger vos fils, vos compagnes.
- Aux armes, citoyens !
- Formez vos bataillons !
- Marchons, marchons !
- Qu'un sang impur...
- Abreuve nos sillons !
- La Cherbourgeoise, Goujon du Continent
- Dormez, pères du désert.
- La nuit de la honte est partie.
- Pour nous, de l'amour
- Le linceul blanc est posé. (bis)
- Entendez-vous dans les villes
- Murmurer ces tendres écrivains ?
- Ils viennent jusqu'à vos oreilles
- Embrasser vos pères et vos filles.
- A vos plumes, prêcheurs !
- Déformez les files d'attente !
- Parlons, parlons !
- Que le mot d'amour
- Inonde nos coeurs !
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Apollinaire
- Vienne la nuit sonne l'heure
- Les jours s'en vont je demeure
- Vienne la nuit, sonne l'heure,
- Mon tour s'en va, je demeure
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Si, Kipling
- Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
- Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
- Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties
- Sans un geste et sans un soupir ;
- Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
- Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
- Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
- Pourtant lutter et te défendre ;
- Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
- Travesties par des gueux pour exciter des sots,
- Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
- Sans mentir toi-même d’un seul mot ;
- Si tu peux rester digne en étant populaire,
- Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
- Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
- Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
- Si tu sais méditer, observer et connaître
- Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
- Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître,
- Penser sans n’être qu’un penseur ;
- Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
- Si tu peux être brave et jamais imprudent,
- Si tu sais être bon, si tu sais être sage
- Sans être moral ni pédant ;
- Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
- Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
- Si tu peux conserver ton courage et ta tête
- Quand tous les autres les perdront,
- Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
- Seront à tout jamais tes esclaves soumis
- Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
- Tu seras un homme, mon fils.
- Si, Gnilpik
- Si tu peux détruire l’ouvrage de la vie des autres,
- Et en les insultant prendre la fuite,
- Ou te faire pincer pendant que tu triches au jeu,
- Et vitupérer contre ceux qui te trouvent des excuses ;
- Si tu peux harceler une jeune fille et être pris de passion haineuse pour elle,
- Si tu peux être faible sans cesser d’être violent,
- Et, te sentant pardonné, en profiter pour attaquer,
- Pourtant te plaindre ;
- Si tu ne supportes pas que tes manipulations
- Soient déjouées par des grands pour protéger les humbles,
- Ni d’entendre leur sagesse dire la vérité sur toi
- Sans cracher tes mensonges ;
- Si tu peux te rouler dans la fange en restant dans l’ombre,
- Si tu peux dégouliner de suffisance en pestant contre le Président de la république,
- Et si tu peux écraser et instrumentaliser tes relations
- En croyant qu’en retour elles te donneront la reconnaissance qui comblerait ton ego ;
- Si tu sais t’agiter, spéculer et rester dans l’ignorance
- Sans jamais croire en rien ni jamais rien construire
- Te faire gouverner par ton fantasme d’être important
- Déprimer en pleurant et foncer sans réfléchir ;
- Si tu peux être ridicule et te mettre en colère trois fois par jour,
- Si tu peux être un lâche tout en faisant les 400 coups,
- Si tu veux être sadique, si tu sais être un écervelé
- En faisant la morale et en répétant sans les comprendre des éléments culturels appris la veille et aussitôt oubliés en t’imaginant que par là tu te fais bien voir
- Si tu peux attribuer aux autres tes échecs
- Et te vautrer dans ton narcissisme,
- Si tu peux être pris de panique
- Quand tout le monde garde la tête sur les épaules,
- Alors les Gueux, le Diable, le Malheur et la Défaite
- Seront à tout jamais tes dictateurs
- Et, ce qui est encore pire que les Gueux et la Misère,
- Tu seras une loque, mon fils.

