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Sur les pas de Kassapa

Un texte de Wikipen.

C'est là que j'entends la parole bouddhique. Je découvre la vie, ici, en une seconde. Le temps d'un regard j'aperçois la pureté, je mets un pied au paradis. Je pleure dans ce jardin d'eden.
Il est des instants dans la vie ou il faut laisser couler ses larmes.
Il faut savoir faire preuve d'une grande humilité, à l'instar de bouddha, pour atteindre le nirvana. Je suis assis sur un rocher érodé. Je reçois l'enseignement d'un sage. Il est venu me trouver accompagné d'une déesse oubliée. Cette dernière est charmante, tout en elle n'est qu'amour et sensualité. Son courage n'a d'égal que sa patience. Sa beauté la fait scintiller de mille feux, c'est une rivière de diamants. J'ai envie de lui chanter ma passion, que nous devenions amants. Je nous imagine, le temps d'une nuit, être deux étoiles au firmament. Puis à l'aube devenir deux gouttes de rosées, évanescentes, jusqu'au lever du soleil synonyme de notre disparition...

Le sage m'emmène sur les traces de Kassapa, empreintes séculaires sur cette terre millénaire. Nous commençons l'ascension. Les demoiselles de Sigiriya, à l'abri au creux de la large anfractuosité qui balafre la roche ocre, nous invitent à contempler leur grâce. Peintures proche du style d'Ajantâ ces apsarâs sont le cœur du Simhagîri. Et dire qu'autrefois ces courtisanes étaient mille, toutes concubines de Kassapa, toutes fardées et vêtues des plus beaux habits d'apparat.

Je me demande si j'aurais aimé vivre ici à l'époque des radjahs, en ce lieu aujourd'hui si merveilleux ?
Le sage me reprend immédiatement, « Ne regarde pas et ne pense pas d'en bas, élève-toi, pense et regarde les choses d'en haut ! Suis moi, nous allons grimper au sommet »

Comment faisait donc Kassapa pour atteindre sa forteresse ?
Il était calmement assis dans une chaise mue par quatre serviteurs. L'imposant cortège royal n'avait d'autre choix que d'emprunter le seul et unique accès à la forteresse : un escalier composé de milliers de marches irrégulières taillées dans la roche. L'endroit le plus impressionnant est la façade abrupte haute de cent mètres, la dernière ligne droite avant d'atteindre la résidence de Kassapa. Là les « marches » n'excèdent pas quelques millimètres de large, il s'agit plutôt d'un genre d'espalier taillé à même la falaise. L'ascension est déjà périlleuse et difficile pour un humain seul alors pour quatre gaillards maniant une énorme chaise à porteurs pleine !
« Il faut voir les choses de haut, de toujours plus haut » me dit le sage.
« Il faut s'envoler haut ! » me dit la déesse.
Nous y sommes ! Voici le sommet, le toit de Sigiriya. Je m'assois, je suis en sueur.
« Lève-toi ! » , m'ordonne le sage. Je m'exécute.
« Viens avec moi ! », me dit la déesse. Je m'exécute de nouveau.

Nous arrivons sur les vestiges de ce qui fut la piscine de Kassapa. Je m'assoie sur la margelle et j'observe les alentours. La vue depuis le sommet est impressionnante. Perché à trois cent mètres d'altitude ce site est vraiment un nid d'aigle idéal pour abriter une forteresse des assauts. Kassapa ne s'était pas trompé. Quoiqu'en l'occurence pour l'histoire, il s'y est bien fait piégé. Je retrace dans mon esprit les événements ayant provoqué la chute de Sigiriya et perdu dans mes pensées pour la première fois je voyage spirituellement. Soudain je comprends les paroles du sage et la grâce de la déesse. Tout tourne dans ma tête, univers en expansion, mes yeux se perdent au milieu d'un charivari de couleurs, mon esprit grandit, haricot magique, jusqu'aux cieux. Il y déverse ses faiblesses puis s'abreuve avec allégresse à la source avec le sage et la déesse. Je suis dans la lune, les yeux fixés sur l'horizon pendant un temps incertain...

Et puis plus rien.

Je me retourne, elle était là, je la cherche... la déesse est partie. J'arpente les vestiges de l'ancienne forteresse à la recherche du sage. Où est-il ? Il est parti aussi ! M'auraient-ils abandonné ?

Alors que je m'apprêtais à descendre, j'entends une petite voix sussurée dans le creux de mon oreille : « Toujours plus haut ! Pense toujours plus haut ! Vois toujours de plus haut... »

Je ferme les yeux et voici la vérité qui m'apparaît, je les vois, le sage et la déesse sont là, autour de moi, ils ne m'ont jamais quitté, ils ne me quitteront plus jamais...

Fin

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