Terre noire
Un texte de Wikipen.
| C'était un petit canal comme une très longue piscine, deux mètres de large à peine, courant de l'Orient à l'Occident. Je me suis trouvé là, nu, nageant une brasse monotone, et je ne voyais pas la fin de ce long couloir d'eau turquoise. À ma droite, c'était une terre noire, avec des roches coupantes, sombres, couleur du sang au soleil, une terre plate, sans fin et sans végétation. À ma gauche, des dunes de sable rouge, des vagues de rubis avec, ici et là, des touffes vertes de palmiers. Je n'avais pas plus de raison d'avancer que j'en aurais eu de reculer ou bien même de m'arrêter. J'aurais très bien pu m'arrêter de nager, l'eau n'était pas profonde, parfois je sentais mon gros orteil racler le fond. Cependant, j'avançais, alternant brasse et nage indienne, l'œil braqué sur l'horizon rouge, bleu, noir. | Je me souviens encore d'un immense coup de tonnerre, une énorme déflagration métallique et, tout près, la lueur aveuglante de la foudre, un coup de fouet dans ce désert de couleur. Je me vis comme un nageur autour de la planète, nageant sans cesse sur ses marques, suivant obstinément la même trace d'eau, régulièrement, sans fatigue. Puis tout se brouilla. Ma poitrine me démangeait. Si je me grattais, je cessais de nager. Cette idée me perturbait. Je me suis arrêté. Une femme était accroupie au bord du canal, près de moi. Elle me tendit une poignée de terrenoire en me disant : mange, c'est du charbon, c'est bon pour le ventre. |

