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Traduction kafkaïenne

Un texte de Wikipen.

D’erreur d’aiguillage en trompette malfamée, tu ne tolérais plus notre traducteur kafkaïen. Tu fis une overdose de ses propos bigarrés. Il ne t’était plus possible d’entendre parler du moindre soutier… oh pardon… tu vomis de plus belle dans ton cervelet exténué par kilomètres entiers. Pas moyen d’arrêter ce trouble qui t’atteignait de plus en plus intensément. Je ne pouvais plus regarder dans ta direction tant les serpents à sornettes t’asticotaient. J’ai dû te balancer derrière le congélateur de catégorie A et te jeter six brosses à penser de grande qualité. Loin de là, nous eûmes bientôt aucun remords à rattraper nos guides par le moignon. À l’ombre dansable de leurs chatoiements, nous affûtions de térébrantes triphtongues intimes.

Portés par une inéluctable coïncidence, nous avons accueilli le lendemain les compagnons prochains de ce voyage incohérent. C'était des imprimeurs venus de Tbilissi pour acquérir, dans cette contrée aux palettes engluées, des lettres lumineuses autant que cyrilliques. Ils portaient des chemises de raphia et des chapeaux de cuir fauve marqués de leurs initiales ; ils avaient dans leurs poches des anathèmes et des anacoluthes. Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Pendant que le chemin poudroyait sous la canicule, nous avons préparé un festin avec les moyens du bord, et tu as recruté les hallebardiers pour servir les brochettes. Les assiettes, il va sans dire, avaient été soigneusement recouvertes de corail et les lance-pierres suspendus dans les échafaudages. La jubilation des légumes sur le point d'être consommés paraissait intense. A chaque instant je sortais de ma besace mon thermomètre à incohérence pour en contrôler le degré, car c'est incontestablement le paramètre principal qui détermine la suite des événements.

C’est fou, toutes ces absurdités que tu avais réussi à jeter dans ton sac sans fond qui humait bon la violette diagonale. Ton seul problème était de les retrouver. Avec délectation je te demandais l’impossible. Et tu t’y tenais ! Une salade radioactive made in France millésimée d’avril 1986. Un pinton sans ailes. Un stadium approximativement exempt de boisson alcoolisé. Et à tour de bras tu malaxais. Et encore ! Et encore ! Et après quelques erreurs tu gagnas mon effroi. Mes yeux larmoyaient tant devant de tels prodiges que tu dus chercher des ébueurs efficaces. Là, tu foiras. Ces êtres provenaient d’une série de gabegies enchaînées comme un gyrovague à ses cailloux. Heureusement ils étaient comestibles. Ils ne firent donc pas long feu. De plus, ils pétaient plus haut que leur cul comme du pop-corn génétiquement modifié. Et surtout, suprême outrecuidance, ils furent incapables de nous donner les horaires de la Grande Bibliothèque Universelle.

Ah, la GBU, comme disent les initiés, c'est pourtant le but ultime de notre périple. A la voir ainsi citée, je n'ai pas pu m'empêcher de le révéler. Naturellement, il nous faudra, pour y parvenir, traverser bien des vicissitudes et des échancrures du réel, dans lesquels nous risquons à chaque instant de nous perdre, de tomber en pamoison, de tomber malades, de tomber amoureux, de tomber sur des petits hommes verts qui nous voudront du mal. Nous savons tout cela. Les avoines folles nous froncent les sourcils. Et avec nos chaudrons et nos guenilles, avec nos cymbales et nos crayons, nous sommes en route quand même, parce que nous sommes braves, persévérants et équilatéraux. Pour ne pas gérer les orchidées, nous suivons les flûtes aux doux ombrages. Sur notre chemin, nous sommes traversés par des fulgurances désincarnées, nous sommes décortiqués par des insectes machiavéliques, nous sommes maquillés par des canalisations antérieures.


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