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Trois Gymnopédies

Un texte de Wikipen.

Première Gymnopédie.

Je joue, au piano, la plus belle des cérémonies. Il est debout, derrière moi ; je ne peux le voir danser sans tourner la tête à m’en tordre le cou. Je jette de furtifs coups d’œil au-dessus de mon épaule, mais ne veux pas manquer la mesure. Il est pieds nus. Son corps se love autour des notes limpides, s’insère dans les interstices, se glisse sur les soupirs... Je ne pensais pas qu’on puisse danser cette musique.

Son pull est le premier à toucher terre. Du coin de l’œil, j’ai le temps d’apercevoir la chaleur d’un nombril vite occulté d’un pan de chemise tombant. Il me tourne le dos, se trémousse langoureusement, rigole, me jette des regards en coin. Il arrache doucement les boutons de sa poitrine. Il s’approche, me touche le bras de son torse dénudéje rate une mesure – découvre une épaule, puis l’autre. La chemise glisse le long de ses bras, tombe à terre, il la piétine. Il court vers la fenêtre, virevolte, revient, sautille. Il se place près du piano, à gauche, me regarde. Me sourit. Sa main passe sur sa poitrine, son épaule, son bras, redescend, caresse le ventre, couvre le nombril. Elle s’approche du bouton du jean, le triture. Il ferme les yeux, penche la tête sur le coté, se redresse, me regarde. Le bouton cède. Je fais une fausse note.

Lentement le jean s’affaisse au sol. Il s’en dégage d’un coup de pied, se cambre, ploie les genoux, ouvre la bouche, se redresse. Ses mains vont et viennent sur l’érection qu’un peu de tissu couvre encore sans rien cacher. Je tente une tierce, mes doigts papillonnent sur le clavier, mon esprit bouillonne.

Je détourne le regard, ne veux plus le voir, mais ne vois que lui.

Je ne sais comment lorsqu’il se love contre moi, lorsque son souffle enflamme ma nuque et son pénis darde mon dos, lorsque ses bras m’enlacent et sa main dépose un morceau d’étoffe sur mes genoux, lorsque son soupir rieur emplit mes oreilles, j’atteins le dernier accord, parfait.

Deuxième Gymnopédie.

Je suis tout nu. Lové contre son large dos, je suis bien. Son pull est doux sous ma poitrine brûlante, mon pénis est dur sur le cuir froid de sa ceinture. J’ai dansé pour lui, j’ai fait un strip, je l’ai regardé, c’était rigolo.

Il joue un air mystérieux, que je ne connais pas. Mes hanches se balancent lentement, je danse contre lui. Une chaleur monte le long de mes membres, mes joues doivent être rouges, je l’embrasse sous l’oreille. Furtive, ma langue pointe sur sa peau rugueuse. Il tourne la tête, un instant nos lèvres se touchent, il retourne à sa partition.

Je glisse mes mains sur son torse, descend plus bas, effleure la toile de son jean. Je lui fais toujours de l’effet. Ça me plaît. Un jour il m’a dit que les hommes me regardent, même ceux qui ont des gosses – j’ai observé, c’est vrai. Je crois que je suis beau. Mon corps est svelte, mon visage éclatant, mon regard brillant. Je crois que je suis désirable.

À travers la toile je lui masse délicatement le sexe. Je suis désiré, je suis rassuré. Mes mains remontent vers les tétons, emportant son pull, son t-shirt. Je caresse fébrilement sa poitrine velue. À la faveur d’un soupir il lève les bras au ciel, je le suis, nos paumes se cherchent, se trouvent, ses mains retombent, reprennent l’accord, le soupir est achevé, à peine prolongé. Il est torse nu, son corps massif submerge, déborde, m’envahit ; je sens l’excitation monter, me colle à sa chair, le serre, l’entoure à peine de mes bras frêles ; je voudrais y pénétrer, m’y installer, m’y endormir, y mourir peut-être. Le contact est électrique, la musique dévie, s’emballe, je dois me reculer, je m’arrache, saute en arrière : il n’est pas temps de jouir, pas encore.

Il me fixe par dessus l’épaule, sans s’arrêter. Je souffle, me calme, m’approche à nouveau, m’agenouille à sa gauche. J’étends les bras, le regarde dans les yeux ; d’une main je saisis sa ceinture, de l’autre je fais glisser sa braguette, fourrage à l’intérieur : c’est dur, chaud, légèrement humide. Je bande à nouveau. Je me débats contre la boucle, contre le bouton, j’en viens à bout. En riant je lui demande de soulever sa masse, d’un geste prompt je libère ses majestueuses fesses avant qu’elles ne retombent sur mes bras. La musique n’a pas dévié un seul instant, il est agile. Je m’efforce de découvrir enfin son sexe dressé, énorme, rouge, turgescent – d’une beauté à couper le souffle. Enfin, je le débarrasse de ses vêtements : il est nu, assis face au piano, le sexe dressé, dans toute la splendeur de sa chair. Je me lève pour l’observer à loisir, il me regarde, le visage rouge, je penche la tête – je sais qu’il adore – lui souris, je l’aime à la folie.

Je reprends ma danse, d’abord doucement, de plus en plus vite, je me trémousse, virevolte, sautille, me caresse devant lui, je frissonne à chacun de ses regards, gémis à chacun de nos contact. Je danse à ma jeunesse, à ma beauté. Je danse à sa vieillesse, à sa chair, à sa chaleur. Je danse à nos corps nus, à la perfection. J’achève sur le dernier accord et tombe à genoux, délicatement j'embrasse ses cuisses ; puis je l’enlace, le câline – je pense à mon père. Alors, tout doucement, dans le silence de nos respirations haletantes, je pose une main sur ses bourses, une oreille contre son cœur, ma joue sur son nombril et mes lèvres sur ...

Troisième Gymnopédie.

Je danse ensemble, l’un avec l’autre, l’un dans l’autre. Assis sur le piano, debout sur la moquette, allongés sur le lit, mes corps se meuvent au gré d’une musique dont je ne sais plus très bien la provenance – peut-être n’est-elle que dans mes têtes. Mes sueurs et mes salives se mêlent, mes membres s’entrecroisent, mes souffles se combinent, mes sexes se frôlent ou s’opposent, pénètrent ou se retirent, mes différences se complètent : à la fois jeune et vieux, petit et grand, mince et gros, agile et posé, novice et aguerri, candide et avisé, mes corps et mes esprits sont un, sont moi. Je suis l’endormi, l’assoupi, qui s’éveille au désir et s’endort au plaisir. Je suis la danse des amants, l’abandon des corps, le tremblement des chairs réunies, l’ultime pénétrant. Je suis.

Je ne sais lequel d’entre moi jouit le premier, l’autre ne tarde guère. Les dernières notes de musique résonnent encore lorsque, enlacés, épuisés, satisfaits, mes corps s’endorment sereins l’un contre l’autre. Comme un père je veille tendrement sur mes chairs et mes esprits réunis.

Puis, au réveil, je m’assoupis à mon tour.


Nous nous quittons peu après, joyeux, les yeux brillants, le corps repus, le cœur en paix. Nous promettons de nous revoir, demain, au plus vite. Nous nous regardons et nos yeux disent :

Ensemble,

Complices,
nous avons commis
le plus odieux
(mais le plus doux)

des crimes.

Un jour il y aura les larmes et les cris, les violences et les coups, l’interminable solitude, la mort peut-être ; un jour l’expiationnous le savons.

Mais, aujourd’hui, nous sommes heureux.