Tu comprendras plus tard

Un texte de Wikipen.

J'avais six ans lorsque j'ai entendu du bruit dans la chambre de mes parents. Je n'osais pas me lever, j'étais immobilisé par la peur du noir ; par l'idée qu'il pouvait s'y cacher un de ces monstres qui soi disant n'existent pas. Ce n'est que le lendemain, entre deux tartines que je trouvai les mots et le courage :

— Papa j'ai eu très peur cette nuit. J'ai entendu des cris.

— Quoi ? Des cris…

— Oui, toi et maman vous criiez comme si vous alliez mourir

Sa tartine s'arrêta dans l'air son regard aussi et d'un coup d'œil j'ai vu que maman avait eu la même réaction puis, subitement, son rire cristallin éclata presque immédiatement rejoint par le grave de mon père. Il me dit :

— Tu comprendras plus tard. Et j'ai compris plus tard…

Plus tard, Monsieur Dubouchond qui était en train de me fouetter, dessinant ainsi des fines gravures sur ma peau alors que je pliais sous les coups et nourrissais une haine incontrôlée pour ce tortionnaire, me dit d'une voix calme avec la tête à demi baissée qui lui donnait un air grave : Tu comprendras plus tard !

La première chose que l'on me demandait à la maison était « ton carnet ? » et aujourd'hui mon prof l'avait bien rempli. J'ai fini par comprendre…

À ma première dépression, mon ami me dit : Tu comprendras plus tard. Je pense avoir compris…

Et là sur mon lit de mort j'ai appelé un prêtre pour voir quel réconfort il pourrait me donner. Pour essayer de comprendre pourquoi les gens croient en Dieu. La première fois il tique mais après il me regarde avec une gentillesse qui devait vouloir dire je sais . Je sais quoi ?

Comme s'il avait deviné mes pensées il me répondit :

— Je sais que tu te cherches mais tu te comprendras plus tard…

Peut-être que je me comprendrai plus tard…