Un barrage contre le Pacifique
Un texte de Wikipen.
Tout était langage en lui. Son corps exprimait l'ineffable. Ses yeux disaient, récitaient, comme une main gauche soutient la droite au piano. Ils chantaient en intervalles subtiles, ponctués de dièses et de bémols, la partition fuguée que son corps exerçait sur elle. Son sexe, ses mains, son regard, avaient pris le relais d'une bouche qui s'était tue, mutique.
Elle savait que vouloir savoir le heurterait. Elle n'osa pas les pourquoi. Elle renonça au « Parlez-moi ». Elle le savait parfois lointain, retranché en une île qu'elle se refusait à aborder. Elle comprit que le temps était arrivé de lui laisser, outre la passion qu'il lui inspirait, le bien le plus précieux qu'elle pouvait lui accorder, le temps de se réfugier dans ses silences et attendre.
Les échanges ne s'étaient pas taris. Ils avaient pris une distance, une retenue, qu'elle respecta. Accepter une nouvelle règle du jeu fut déroutant pour elle, qui tissait les mots et s'épanchait parfois violemment. Elle était les eaux bouillonnantes d'un barrage. Il était son réservoir. Nappe liquide, immobile, sans une ride. Elle attendit. Elle attendrait que le goutte à goutte des mots retrouve son cours tranquille. Que la muraille de ciment se fissure à nouveau.

