Un fort sentiment de compétition
Un texte de Wikipen.
Tous ces mots sont donnés, pas la peine de dire merci car ils sont dépersonnalisés. L’auteur en est mort-né.
Certains concepts semblent dépasser l’entendement. Pas la peine d’aller chercher très loin dans l’abstraction. Prenons l’humilité par exemple. Il semblerait que le simple fait de l’écrire ou de le prononcer le réduise à néant. Comme s’il s’agissait d’un concept auto dégénérescent. De ces concepts qui doivent rester cachés et ignorés pour exister. Le paradoxe est assez frappant alors que l’existence est majoritairement entérinée dans la découverte et la reconnaissance.
Monsieur brut s’exclame : « Quel manque d’humilité que d’ainsi croire détenir la vérité »
Madame finesse répond : « Je vous retourne le compliment »
Ils tournent en rond. Qui prétend détenir quoique ce soit ici ? Le verbe sembler n’est-il pas assez explicite ? Devrions-nous inventer de nouveaux mots alors que la plupart ne semblent pas être compris par le plus grand nombre ?
Monsieur brut interroge : « Vous vous croyez supérieure aux autres ? »
Madame finesse réplique : « Je ne crois rien, je suis l’un et le tout et nous sommes tous ainsi… »
Le concept de croyance est aussi ténu. Comment dire ne pas croire ? Croire ne pas croire est déjà en soi une croyance. Donc ne pas croire s’arrête ici se suffisant à lui-même.
Monsieur brut sur un ton dubitatif : « Il est impossible de ne pas croire »
Madame finesse décontractée : « Quel manque d’humilité que d’ainsi croire détenir la vérité »
La boucle est bouclée, le dialogue de sourds instauré est couronné de succès. Bravo renfrogné et assis sur des convictions d’un côté et libérée des certitudes de l’autre côté. Qui a raison ? Personne voyons ! Bien c’est déjà ça de pris au concept d’ignorance.
Que faire si ce n’est répéter, sans cesse, les mêmes choses ? Se complaire dans sa raison étriquée semble très réconfortant. Et l’intuition, le vide et la légèreté semblent faire très peur. Il semble plus commode pour la plupart de traîner son boulet au pied que de se libérer de toutes les croyances et certitudes. C’est que léger et peu encombré il est plus aisé de se sentir seul et démuni. Il est de même plus facile d’attaquer et de haïr que de soigner et d’aimer. Les médecins font de longues études mais les militaires…
Souvenez-vous toujours qu’il fut un temps où on cherchait des sorcières et on en trouvait ! On trouve toujours ce qu’on cherche. C’est une règle, un ordre inflexible. Alors avec un tel bagage pas étonnant ma foi de se chercher.
Monsieur brut décidé : « Oh, regardez, elle a utilisé le terme humilité ! Mais pour qui se prend-t-elle ? Vous vous vantez d’être humble et vous croyez l’être ! Mais quel toupet. Je n’ai plus rien à vous dire et je m’incline devant votre vanité. »
Madame finesse souriante : « Allez, faîtes un geste relisez depuis le début et vous comprendrez… »
Peut-être.

