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Un imperméable bleu

Un texte de Wikipen.

Il est quatre heures du matin, le téléphone vient de me réveiller en sursaut, il faut beaucoup de sonneries avant que je ne parvienne à dénicher ce foutu combiné sous les vêtements empilés sur la chaise.

Lorsque je peux enfin décrocher, j'entends simplement une voix de femme égrener des mots qui me paraissent familiers. On raccroche avant que je ne me ressaisisse et comprenne ce qui se passe. Je regarde tristement le combiné, m'attendant à l'entendre sonner à nouveau. Je vais finalement le reposer sur sa base lorsque mon regard tombe sur le boitier d'un CD posé sur la table basse du salon : "Songs of love and hate" de l'ami Cohen.

Je l'ai écouté il y a deux jours de cela, un grand verre de lait dans une main, une cigarette dans l'autre. C'est mon disque des jours de pluie. J'ai accompagné Jeanne à l'aéroport, elle partait pour quatre jours en Amérique du Sud, analyser les documents comptables d'une cimenterie brésilienne. Sa promotion récente n'a pas que du bon : elle passe de l'Europe Centrale à l'Amérique du Sud, ses déplacements seront plus longs, plus fatigants, moins sûrs peut-être aussi. Il faudra que je lui parle de l'enfant, celui dont on n'a jamais discuté.

Plus éveillé maintenant, je crois que je ne me rendormirai pas, je tourne en rond dans le salon : c'était la voix de Jeanne tout à l'heure, déformée, par la transmission téléphonique peut-être. Ces mots se fraient un chemin dans mon cerveau encore embrumé. On aurait dit les paroles d'une chanson :

What can I possibly say?
I guess that I miss you.
I guess I forgive you.
I'm glad that you stood in my way

Que viennent faire ici ces paroles de Leonard Cohen? De ma chanson préférée : "Famous blue raincoat"...