Une énergie contagieuse
Un texte de Wikipen.
On s’est précipité, vite, toujours plus vite fallait pas que ça cesse, pas le temps, ni d’attendre ni de patienter, on a tenu la moyenne toujours plus exigeant avec le temps, on a franchit les barrières sans sauter, pas une seconde à perdre, toujours sur les chapeaux de roues, toujours plus vite, jamais content on a changé, de voitures, de maisons, de vêtements, de chiens et d’amis, on a tout jeté et on a couru en acheter, des nouveaux, avide avec les yeux qui brillent et des liasses de billets, fallait que ça pète, que ça flashe, que ça brille, que ça fasse du bruit partout tout le temps être remarqué, adulé et riche, en haut de l’affiche, toujours plus haut et plus vite, on s’est vautré, drogué pour feinter la réalité, pour suivre le rythme effréné que nous nous étions fixé, on s’est fait respecter à coup d’engueulades, de coups bas, de ragots, de mensonges, d’insultes et d’hypocrisie, tournée générale on a remis ça gratuitement, on a œuvré pour la charité à grand renfort de banquets mondains, c’était caviar, champagne et petit four de chez Laduré, on a duré grâce à des tonnes de café et de tabac américain labellisé, certifié conforme aux préjugés, on s’est empiffré, gavé, c’était trop exquis on a tout vomi, pour faire de la place, pas le temps de digérer, jamais repu on a rempilé, toujours plus vite, sans cesse, sans s’échauffer on s’est tapé le tour du monde à l’endroit, à l’envers, en classe affaires, puis en first et en jets privés toujours plus gros, plus neufs, plus gourmands, on a tout vidé, récuré, gratté jusqu’à la dernière goutte, au dernier gramme, on a haït les étrangers pour se supporter, se défouler, on a brûlé les forêts, tout pollué, tout saccagé, on a corrompu tout ce qu’on a touché, mordu, on s’est envoyé en l’air dans les boîtes de nuits branchées, on a fait incarcérer les psys qui nous disaient névrosés, on a fait licencier des salariés par milliers, on a tout délocalisé, tout cassé, c’était pas assez, on a acheté des organes à prix bradés, vendu des armes aux milices privées, fallait faire vite vous comprenez maintenant on en à bien profité, ouf, c’est terminé, on a réussi à s’omettre, à oublier notre malheur, notre honte, nos psychoses et nos péchés, on vous laisse rien faut pas déconner, plus jamais vous n’aurez ce qu’on a vu et consommé, chacun sa croix comme on dit, on est pas vraiment désolé, vous pouvez toujours fouler nos tombes du pied on s’en balance on en a bien profité, on s’est étourdit toute notre vie pour ne pas l’affronter…

