- Tes formes reviennent au monde. Tu es délicieuse ainsi trempée, Fleur. Je voudrais te croquer mais je n’ai sur moi ni pinceau ni plume. Tu es couverte des larmes du golfe, effondré de te voir prendre l’air. Quelques ruisselets fauves d’appétit croissant griment d’arabesques tes bras. À l’aube de tes seins, le long de tes hanches, sur ton ventre, je vois l’eau se disputer la victoire ; l’étreinte désespérée de la mer m’enivre.
- Les perles d’eau claire sur ta peau sont des loupes qui dardent vers moi leurs pétales de foudre. Je cache mon cœur, ce tyran. Dans ton dos, la frange exilée du rivage mène une vie fulgurante. Je ne puis qu’imaginer son sort sur tes reins, j’apprécie que des bribes du tableau m’échappent, que l’invisible prenne du recul au coin de mon souvenir.
- Maintenant, tu es proche de moi. Je peux toucher ton épiderme et ton teint frais. Tu restes debout, au bord du clair-obscur, encore vêtue d’espions humides. Jalouse, la mer tartine la côte d’un ton grinçant. Le vent tiède écourte la vie des gouttes sur ta peau, les terrasse proprement. Une rescapée parcourt ton corps avec une paresse gloutonne.
- Complétant ton deux-pièces, un duvet de sel, très chic parure de l’eau évaporée, me fait croire que mon âme neige sur ton corps. Cette mise de cristaux qui t’enlumine est goinfre, je l’empêche d’être une grêle de satyres.
- Ombre et lumière te courtisent. J’assiste à ce duel en projection sur ton corps. Cette dépense d’énergie est d’une générosité indomptable, d’un donjuanisme dichotomique et d’une ambivalence animale.
- Puis le sel te grignote. Je vois soudain des couleurs guerroyer. Je suis en plein quart d’heure fauvisme. Aspergeant ta main d’eau minérale, tu chasses l’agresseur, tu congédies le dépôt salin par d’amples gestes. Ta paume patrouille la majeure partie de ton corps, assez pour que l’anthropophagie me gagne. Que vais-je devenir cerné par tant d’aplats ?
- Sous les vivats ouatés du golfe, beau joueur, tu me cribles de poésie. Je nage dans les frissons d’un orchestre, dont les notes, fringantes, préludent mon essor. J’ai hâte que ton esprit me détourne de ton corps. Je respire au compte-gouttes, et mes poumons, pour se sustenter, partent en croisade.
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