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Voici comment je suis devenu richissime
Un texte de Wikipen.
- La richesse, un but dans la vie ?
- Certainement pas pour moi, que la raison m’en garde !
- La plupart des personnes œuvrent pourtant à devenir riche.
- Il suffit d’observer l’évolution du nombre des parieurs aux jeux d’argent ou encore l’engouement pour les spéculations en tous genres…
- Cela se comprend dans un système où l’argent est « Le besoin suprême et unique. »
- À ma grande surprise et sans en avoir créé les conditions, je suis, bien malgré moi, devenu richissime !
- Voici comment :
- Tout débuta lors d’un voyage. Arrivé à destination, je me suis pris une bonne paire de claques.
- Aéroport international. Deux bâtiments, des hangars devrais-je dire, accolés, avec alentour un parking.
- Déjà, des jeunes vêtus de loques sales et une foule de chauffeurs de taxi « accrédités » aux prix libres qui me harcèle jusqu’à l’instant où je rencontre le guide qui m’attendait.
- Des policiers veillent à la sécurité des touristes fraîchement débarqués.
- S’ensuivent quinze jours inoubliables à travers le pays au fil des routes, plus souvent des pistes, merveilleuses. Traverser les hauts plateaux déserts, immenses et vertigineux ; fouler des massifs envoûtant ; plonger dans des eaux chaudes, turquoises et poissonneuses.
- S’enchaînent des milliers de rencontres avec les membres d’une population exceptionnelle.
- Des enfants âgés d’à peine cinq ou six ans portent sur leurs dos un frère ou une sœur encore bébé. Ils marchent nu-pieds sur le macadam brûlant et sont vêtus d’habits sur lesquels je distingue plus de trous que de tissu. Ils sourient.
- Des jeunes, presque nus, qui haranguent sous le soleil, à midi, les zébus dans les rizières. D’autres portent sur une épaule des fardeaux si imposants que leur force m’apparaît surhumaine. Ils sourient.
- Des femmes pliées, en porte-à-faux, de longues heures d’affilé, les pieds dans la vase, cueillent le riz, épi par épi. D’autres, aux bords des pistes tiennent au bout de chaque bras d’énormes sceaux d’eau. Elles reviennent de la source située à dix kilomètres du village, la température avoisine les trente-cinq degrés à l’ombre. Si seulement il y avait de l’ombre ! Elles sourient.
- Des taxis-brousses — sorte de petites camionnettes avec une capacité d’emport théorique de neuf passagers — sont bondés. Au moins vingt personnes de tous âges à l’intérieur. Sur le toit, quatre chèvres enlacées par les pattes au milieu d’un monticule effarant de bagages. Le tout doit bien peser une demi-tonne, au bas mot .
- Se succèdent les découvertes surprenantes.
- Les marchés avec la viande à même l’étal de bois, dissimulée par un nuage de mouches que le boucher tente désespérément d’effrayer.
- Les routes nationales qui, comme évoquées plus haut, sont de simples pistes en terre rouge, chaotiques et instables.
- L’électricité n’existe pas partout et l’eau courante est un luxe réservé aux très grandes villes, et surtout aux très riches, notion toute relative ici, bien entendu…
- La pauvreté est si flagrante, si puissante, si intransigeante et tellement choquante qu’elle laisse en permanence un goût amer, une impression étrange comme un relent de l’âme. C'est accentué par le fait indiscutable d'une paupérisation gagnant du terrain, comme si nous n'avions à faire qu'aux prémices d’une longue histoire tragique — irréelle. Tant de richesses naturelles, humaines et intellectuelles, et malgré cela pas une lueur d’espoir, pas même une échappatoire. Malgré cela des sourires à profusion, voilà l’image rendue par cette population.
- J’avais emmené un tas d’objets de première nécessité pour offrir aux plus démunis, des cahiers et stylos, des médicaments, des petits jouets et des bonbons, du riz etc... Mais je n’avais pas imaginé une seule seconde qu’ici tout le monde sans exception faisait partie des plus démunis ! Chaque halte est identique : trop de personnes et pas assez de présents. Trop de misère et pas assez de temps. Certainement trop de jaloux et trop de malheureux pour une poignée de chanceux… Ils ont toujours souri pourtant, et je vous garantis que ces sourires étaient francs.
- Et moi, le Vazaha comme ils disaient. Qui suis-je ? Où en suis-je vis-à-vis des autres ? Vis à vis de moi-même ?
- Je le sais maintenant ! Le déclic fut violent. C’est avec une brutalité animale, presque sauvage que j’ai appris qui j’étais. Ma condition s’est dévoilée à mon esprit trop imprégné par un quotidien d’avance gagné. Avant j’étais victime d’hallucinations, je ne le savais pas, comme l’invisible trompeur, ma vie risible m’a longtemps induit en erreur. J’ai compris aujourd’hui, je suis richissime. Ça m’est tombé dessus comme ça, soudainement. Je l’ignorais royalement.
- Dorénavant je sais ce qu’il me reste à faire, j’ai déjà tout et même plus alors pas question de me comporter comme les rejetons gâtés de Gaïa ! Non jamais ! Quant à vous, peuples protégés — épargnés par les affres du Tiers-Monde — avides de richesse, vous recherchez ce que vous avez déjà. Vous avalez votre queue comme un serpent devenu fou. Puisse la lumière vous éclairer mais j’avoue avoir de gros doutes car le système vous a corrompus, il vous a aliénés et vous en êtes esclaves bien malgré vous. En raison de cela nul ne peut vous blâmer mais s’il vous plaît réfléchissez…
- Appelez-moi désormais l’homme souriant. Je me refuse toutes les tristesses, devenues trop insultantes à mon goût. Je me refuse toutes les lamentations, je ne pourrai me relever de telles turpitudes. Je refuse tous les regrets. Je refuse la donne actuelle, c’est la règle du jeu soi disant. Vous ne me compterez donc pas parmi les joueurs, je déclare forfait. Je vais changer les règles, du moins j’essaierai quitte à en mourir.

